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Il faut favoriser la création et la diffusion des spectacles d’outre-mer.

par Gilles Dumont, Johanne Brien

Greg Germain, Directeur Artistique de la Chapelle du Verbe Incarné

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Greg Germain, vous dirigez la Chapelle du Verbe Incarné à Avignon. Quelle est son
ambition ?

La Chapelle du Verbe Incarné s’inscrit dans une ambition à la fois citoyenne et culturelle. Citoyenne, car, au delà de toutes les mers du globe - océan pacifique, océan indien, océan atlantique - il y a des artistes français qui sont loin de la métropole et qui n’ont que trop
rarement l’occasion de participer au Festival d’Avignon. Il me semblait nécessaire qu’eux aussi puissent participer à cette grande fête du théâtre français : rencontrer leur compatriotes, croiser leurs regards et voir ce que chacun fait. Nous appartenons à une même nation, et même si nous sommes éloignés géographiquement les uns des autres, il est important de nous rencontrer régulièrement. Le festival d’Avignon est pour cela une excellente occasion.

Quelle est la situation du spectacle vivant dans les DOM-TOM ?

En général, les situations dans les DOM-TOM sont pires que celles que connaît la métropole. Nous savons bien que la profession dans le spectacle vivant est sinistrée. Il faut faire 507 heures en 10 mois et demi pour entrer dans le régime de l’intermittence. Même pour un acteur habitant Paris c’est très difficile, imaginez ce que cela doit être pour un artiste qui habite Fort de France, Point à Pitre ou Cayenne. Ne parlons même pas de Nouméa où le régime de l’intermittence n’est pas reconnu.

Il est extrêmement difficile pour un guadeloupéen, un martiniquais ou un réunionnais d’exercer son métier. Aujourd’hui, il est pour nous indispensable de venir en métropole. J’affirme cependant qu’il est possible pour les compagnies d’outre mer de travailler dans leur
région d’origine. Mais, pour cela, elles ont besoin d’échanges, de projets structurants (résidence d’accueil, stages comptant pour les heures, etc..) puis se produire dans ce salon de théâtre qu’est le Festival d’Avignon et trouver des diffuseurs.. C’est pour cette raison que j’ai créé la Chapelle du Verbe Incarné.

Quelles sont les difficultés liées à la diffusion des spectacles en métropole ?

Il n’y a pas que des problèmes de diffusion, il faut être clair et éviter d’employer la langue de bois. De la même façon que les télévisions françaises sont monochromes, les scènes françaises, elles aussi, sont monochromes. La culture est un dernier bastion fermé à double tour. Cela ne se produit ni dans la musique, ni dans le sport. Nous sommes singulièrement absents du spectacle vivant, notamment du théâtre, de la danse et de l’opéra.

Je pense, très honnêtement, que l’habitude de voir d’autres acteurs que des français blancs sur une scène de théâtre donnera des idées aux metteurs en scène. Lorsque l’on joue un classique, n’importe quel acteur peut incarner Le Misanthrope ou Le Tartuffe. C’est une aventure humaine et non une aventure raciale. Nous essayons de faire comprendre aux metteurs en scène qu’il est possible d’avoir des distributions de toutes les couleurs de l’arc en ciel ethnique français.

Que souhaitez-vous dire aux personnes susceptibles de produire ou d’accueillir des
spectacles des DOM-TOM ?

Ce que je veux leur dire ? N’ayez pas peur des distances, nous pouvons les abolir ! Il existe des fonds spéciaux facilitant le rapprochement géographique des français
éloignés de la métropole. Il suffit de programmer trois ou quatre représentations chez trois diffuseurs pour qu’une tournée soit possible et pour créer de vrais échanges.
A ce propos, le 19 juillet, nous organisons à la Chapelle du Verbe Incarné une rencontre
autour de la création et de la diffusion des spectacles d’outre-mer.


Il semble moins difficile aux spectacles de métropole de se produire dans les DOM-TOM ?

Nous pouvons comparer ce problème avec celui des échanges entre le Nord et le Sud. On exporte plus volontiers vers le sud que l’on importe. Dans le milieu culturel c’est
la même chose. Il est plus facile pour les compagnies de la métropole d’aller vers les DOM-TOM que l’inverse.
L’AFAA (Association Française d’Action Artistique) considère que le problème de la culture dans l’outre-mer français ne relève pas des affaires étrangères et que donc cela ne les concerne pas. Lorsque j’ai commencé à mettre en place le projet, l’idée de la Chapelle du Verbe
Incarné a été largement combattue par les institutions. Il m’a été répondu que cette question ne me concernait pas. Aujourd’hui, le TOMA est bien accueilli par le public et les professionnels.

Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que l’institution principale, le Ministère de la culture, s’empare vraiment de cette idée. J’attends cette reconnaissance qui donnera à la Chapelle du Verbe Incarné les moyens d’aller jusqu’au bout de son ambition. Et je suis fier aujourd’hui de proposer une programmation en tout point comparable aux meilleures créations du festival.

Quels sont vos autres projets ?

Je souhaite étendre l’activité de la Chapelle du Verbe Incarné au delà du mois de juillet. Je vais créer un centre de ressources pour l’outre-mer et également accueillir des compagnies en résidence de création au mois de juin précédent le festival. J’investis beaucoup de mon argent personnel dans ces projets. J’espère convaincre le Ministère de la Culture de me soutenir. Une troupe pourra répéter à la Chapelle du Verbe Incarné, jouer tout le mois du festival et repartir chez elle avec une vraie tournée. Ce sont de véritables projets structurants. Ils permettront à des équipes entières de quitter la précarité et de faire ce à quoi nous aspirons tous : jouer la comédie, ACCOMPLIR NOTRE ART.

http://www.axesud.net/

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