Accueil > Il Viaggio a Reims et Boris Godounov

Critiques / Opéra & Classique

Il Viaggio a Reims et Boris Godounov

par Charles Rosenbaum

Le Mariinski de Saint-Pétersbourg est toujours là

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Qu’on se le dise ! Le Théâtre Mariinski est toujours là et même bien là. Le séjour parisien au Châtelet de l’ex-Kirov de Saint-Pétersbourg a été ponctué par un accueil sympathique. Valery Gergiev, égal à lui-même dans un Boris Godounov de Modeste Moussorgski, s’est sublimé dans Il Viaggio a Reims de Gioachino Rossini, aidé par un Alain Maratrat en état de grâce humoristique.
On a pu applaudir récemment un Viaggio a Reims mis en scène par Luca Ronconi, plein de brio, à la Monnaie de Bruxelles. Maratrat, ex-assistant de Peter Brook, a ajouté pour les mélomanes parisiens une participation interactive du public et des artistes. Les jeunes chanteurs russes, parfaitement "coachés" par Larissa Gergieva, ont joué avec autant de dynamisme sur scène que dans la salle raccordée astucieusement par une passerelle. Le tout était d’ailleurs donné par des musiciens rutilants dans leur smoking blanc, en fond de scène, mais surtout par Valery Gergiev lui-même tout de noir vêtu dirigeant superbement, couvert d’un chapeau mou, façon "voyou". Le Châtelet a même retrouvé sa grande tradition en faisant apparaître le "Cheval Prince".

Deux distributions d’égale qualité

Sans s’attarder sur la grande homogénéité de l’Orchestre du Mariinski, il convient de souligner qu’il manie aussi aisément le style rossinien que celui du grand répertoire russe. Sa cohésion avec les solistes et les choristes fut parfaite. Formés à l’Académie des Jeunes Chanteurs du Théâtre Mariinski, ils sont déjà dotés de qualités prometteuses. L’ouvrage fait appel à des tessitures nombreuses et diverses si chères à Rossini. Deux distributions d’égale qualité se partagent les trop rares représentations parisiennes. Nikolaï Kamenski perpétue la grande tradition des basses russes. Son interprétation de Don Profondo a été à l’image du spectacle, talentueuse et drolissime. Bravo également à Vladislav Ouspenski (Barone di Trombonok) baryton basse. Dimitri Voropaev a joliment exprimé ses qualités de tenor rossinien dans le "Cavalier Belfore". Les chanteuses sont aussi belles que talentueuses. Irina Vassilieva, Elena Tsvetkova, Elena Gorchounova, soprano coloratures, mezzos ont fait des numéros très réussis.
Il Viaggio a Reims a constitué un "asti spumante" pétillant d’esprit et de belle musique pour cette histoire abracadabrante à la gloire du monarque Charles X.

Un certain Boris

Le Mariinski se devait également de proposer un Boris Godounov de Modeste Moussorgski. L’événement était très attendu, autant pour Gergiev lui-même que pour ses élèves chanteurs. L’acte polonais a été supprimé. Cette initiative a permis d’alléger l’action, mais on n’a pas retrouvé l’esprit de la version Conlon à Bastille. En revanche, les spectateurs n’ont guère apprécié quelques effets trop sophistiqués, gênés par des spots imposants, façon studios hollywoodiens, et surtout par une ridicule araignée emprisonnant un lampadaire. On a parlé de contingences techniques pour excuser une mise en scène molle dans des décors laids. Si Gergiev est incomparable dans la fosse d’orchestre, les mélomanes peuvent être déçus par le Boris d’Evgueny Nikitin. Ce dernier souffre de la comparaison avec tant de barytons-basse mythiques. Nikitin se bonifiera mais pour l’instant, on reste sur sa faim. Vassili Gerello que l’on a entendu chanter Figaro dans Le Barbier de Séville de Rossini (version Serreau, à l’Opéra Bastille), est toujours un magnifique Tchelkalov. Vladimir Ognovenko et Vladimir Vaneev chantent parfaitement les deux moines. Les chœurs comme toujours restent impressionnants.

Boris Godounov de Moussorgsky, première version en sept scènes d’après la pièce de Pouchkine et l’Histoire de l’Empire de Russie de Nicolas Karamzine. Orchestre et Chœur du Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, direction musicale Valery Gergiev, chef de chœur Andreï Petrenko, mise en scène Victor Kramer, décors George Tsypin, costumes Tatiana Noginova, lumières Gleb Filshtinski Avec Evgueny Nikitin, Irina Mataeva, Olga Markova-Mikhaïlenko, Alexeï Steblianko, Vassili Gerello, Vladimir Vaneev, Vladimir Ognovenko, Oleg Balachov ou Andreï Iliochnikov, Evgueny Akimov. Production du Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg. Théâtre du Châtelet, 9 et 13 décembre à 19h30, 11 décembre à 16h.

Il Viaggio a Reims de Gioachino Rossini, livret de Luigi Balochi d’après Corinne ou l’Italie de Madame de Staël, Orchestre du Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, Académie des Jeunes Chanteurs du Théâtre Mariinski, direction musicale Valery Gergiev, mise en scène Alan Maratrat, décors Pierre Alain Bertola, costumes Mireille Dessingy. Avec les solistes de l’Académie des Jeunes Chanteurs du Théâtre Mariinski, entre autres et en alternance, Irma Guigolachvili, Irina Vassilieva ; Anna Kiknadze, Elena Tscetkova ; Larissa Youdina, Elena Gorchounova ; Nikolaï Kamenski ; Vladislav Ouspenski ; Dimitri Voropaev, Andreï Iliouchnikov. Coproduction du Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg et de l’Académie des Jeunes Chanteurs du Théâtre Mariinski dirigée par Larissa Gergieva.Théâtre du Châtelet, les 12, 15 et 16 décembre à 19heures, et le 15 décembre à 14h30.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.