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Critiques / Théâtre

Hughie de Eugène O’Neill

par Corinne Denailles

Le sentiment tragique de la vie

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Depuis qu’il a fait du théâtre sa vie et a voué sa vie au théâtre, Laurent Terzieff se consacre essentiellement aux dramaturges contemporains et à la poésie. Avec une prédilection pour le théâtre anglo-saxon, il a mis en scène James Saunders, Ronald Harwood, TS Eliot, Brian Friel, David Hare, révélé Murray Schisgal. Il conjugue toujours le goût du tragique et du jeu avec une grande élégance. La ferveur avec laquelle il parle de sa conception du théâtre, au centre duquel il met l’acteur, force l’admiration. Nous avons besoin de ce grand veilleur qui élève l’art à son sommet, et nous avec. Il lui accorde une place majeure dans la cité pour lutter contre la solitude consumériste et nous invite à réfléchir, mais aussi à rire, dans une expérience collective. Avec Hughie de Eugene O’Neill, récit romanesque adapté pour la scène, il poursuit son travail sur le temps théâtral entrepris déjà dans Temps contre temps de Harwood ou Molly de Brian Friel qu’il avait interprété avec Fabrice Luchini.

Dialogue de sourds

Laurent Terzieff

Dans Hughie, toujours à l’affut d’expériences nouvelles, Terzieff interprète un personnage inattendu. Sanglé dans un costume beige rayé blanc, un borsalino vissé sur le crâne, il campe un paumé des années 30 aux Etats-Unis, un joueur solitaire, alcoolique et couvert de dettes, un looser en plein naufrage qui se raccroche au bastingage du comptoir d’un hôtel de Manhattan entre 3h et 5h du matin. Un de ces hôtels victimes de la crise économique, qui d’année en année s’est déclassé pour échouer dans la catégorie bouge glauque vivant de quelques passes et ne voyant pas beaucoup de clients. Tous les soirs Erié Smith retrouve le veilleur de nuit, Hughie, son seul interlocuteur qu’il soûle de ses discours sur le monde, sur la vie et ses pauvres aventures. Seulement voilà, ce soir-là, Hughie est un homonyme du précédent décédé depuis peu, beaucoup moins complaisant, qui ne considère pas d’un bon œil la perspective de voir son espace envahi par ce gugusse.

Le tête-à-tête est aussi cocasse que désespérant, par la situation mais surtout par le talent des deux acteurs. Claude Aufaure est épatant d’expressivité quand il s’agace en silence de cet intrus et fuit dans ses fantasmes pour régler ses comptes personnels avec le monde. Terzieff se plaît au jeu du faux flambeur qui s’évertue à faire coïncider le nouveau gardien avec l’ancien car il y va de sa survie. Un dialogue de sourds qui révèle la vacuité de pauvres existences sans histoires, sans passé ni lendemain comme excelle à les tisser Eugène O’Neill dont l’univers théâtral s’attache à l’Amérique profonde et à ses paumés, un exutoire à une vie difficile.

Hughie de Eugène O’Neill, mise en scène Laurent Terzieff, avec Laurent Terzieff et Claude Aufaure. Au Lucernaire à 21h30, samedi 16h30. Réservation : 01 45 44 57 34
Photos : LOT

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