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Critiques / Théâtre

Hommage à l’âge

par Dominique Darzacq

La saveur des fruits mûrs

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« Laissez-moi naviguer de livres en bateaux ivres » demande Hélène Martin qui fêtait ce samedi 7 septembre, aux Bouffes du nord, cinquante-sept ans de carrière en même temps que ses quatre-vingt ans. Celle qui en chantant Sur mon cou fit découvrir Jean Genet à toute une génération, peut bien « annoncer la couleur » et prendre un Virage à 80, l’art avec lequel elle tutoie les poètes n’a pas pris une seule ride. Entre guitare et récitatif, accompagnée de Jean Cohen-Solal, elle chante Char, Aragon, Neruda, Villon, Guillevic, Brel, Ferré….Passeuse de monde, elle chante la vie, ses visages et ses rivages, vigile toujours sur le pont, incapable qu’elle est de vivre « tout un jour sans oiseaux, sans credo, sans présages et sans tangages ».
Salué par une standing ovation, le récital d’Hélène Martin donnait le coup d’envoi du Festival « Hommage à l’âge », une manifestation qui, en ces temps où « l’acidité des fruits verts plait davantage que les fruits mûrs », a un petit air révolutionnaire. Un coup d’éclat imaginé par Micheline Rozan. De Jean Vilar, qu’elle accompagna à Chaillot comme secrétaire générale, aux Bouffes du nord, qu’aux côtés de Peter Brook, elle fonda et dirige, Micheline Rozan a elle-même, « traversé sur un fil d’acrobate près de soixante ans de vie artistique ». Aussi, pour ce rendez-vous d’automne, a-t-elle invité quelques ami(e)s. Le plus jeune, Jean-Claude Carrière, accompagné de flûte et percussions, présentera en persan et en français Chant d’amour de Roumi (13 octobre) ; la plus ancienne, Madeleine Malraux, pianiste qui à 94 ans, continue de parcourir le monde pour donner des concerts, secondée par ce gamin de François Marthouret qui interprète quelques soties de Satie, nous propose un délicieux moment d’impertinence avec Satie en liberté (8,12, 13 sept)

Des sons et des mots

A l’affiche également, Pierre Henry, a imaginé « une fugue à deux sons où se déclineraient et s’opposeraient les thèmes, les idées, les instruments et les matériaux » pour une Rétrospective secrète (11octobre).
Pour sa part, Georges Wilson s’attarde un peu à la table du festin artistique mitonné par la pléiade des grands aînés, et s’empare du beau et troublant texte de Thomas Bernhard, Simplement compliqué, « pour une fois encore interroger le théâtre et le sens qu’il a donné à sa vie en s’y consacrant tout entier » (du 16 septembre au 24 octobre).
Enfin, grande parmi les grandes, Geneviève Page qui a joué en souveraine Claudel et Racine, Marivaux et Musset, Hugo et Fassbinder, qui fut aux côtés de Gérard Philipe une éblouissante Marianne, avec Les Grandes Forêts nous fera l’aveu de son amour pour la poésie. Parce qu’ils l’ont aidée « à panser ses plaies et à conjurer ses exils », elle a toujours gardé les poètes au chaud de la mémoire et du cœur. Loin du récital poétique la comédienne nous entraîne dans une mirobolante promenade buissonnière où on croise Tardieu, Ronsard, Apollinaire, Clément Marot, Claudel et d’autres encore. Mais ne vous y trompez pas, Geneviève Page ne dit pas des vers, elle nous rend familiers les poètes, ses vieux copains avec lesquels elle trinque depuis longtemps et nous invite à trinquer avec elle (du 8 au 10 oct).
Décidément, cet « Hommage à l’âge » est une splendide manière de faire un pied de nez à l’humeur du temps et prouve avec panache, que l’art et le talent sont la meilleure des jouvence.

« Hommage à l’âge » avec Madeleine Malraux, Georges Wilson, Geneviève Page, Pierre Henry, Jean-Claude Carrière
Théâtre des Bouffes du nord jusqu’au 24 octobre tel :01 46 07 34 50

© Raphaël Pierre

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