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Critiques / Théâtre

Hernani de Victor Hugo

par Dominique Darzacq

Un coeur et trois épées.

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Pavé romantique lancé dans la mare du conservatisme par un jeune auteur de 28 ans, Hernani ne pouvait que mettre le feu aux poudres. Ce qu’il fît et que l’on apprend sur les bancs de l’école. Mais comment définir l’œuvre ? Est-elle comme certains l’ont qualifiée à sa création « poème de métal pur et brillant », « enfantillages d’un lyrisme ébouriffant » ou encore « un vaudeville funèbre » ?, ou bien telle que la voit Margaux Eskenazi, qui la met en scène aujourd’hui, « une pièce de cape et d’épée » ? A vrai dire tout ça à la fois. Les poignards y sont, comme l’honneur, chatouilleux, on y croise le fer, on conspire, on y touille la soif de vengeance, le sublime comme la trivialité et on y cache les soupirants dans les placards. L’un, Don Carlos à la veille de devenir Charles Quint, l’autre Hernani, « que le ciel a fait duc et l’exil montagnard ». Tous deux amoureux de Doña Sol, une jeune vierge, dont le cœur a choisi le proscrit, mais dont la main est promise au vieux Don Gomez da Silva, son oncle.

Devenu Empereur, Don Carlos renonce à celle qu’il rêvait de conquérir et l’offre en mariage à son rival dont on apprend qu’il est, en fait, Jean d’Aragon. Un happy end qui ne fait pas l’affaire du vieux tonton qui, par son obstination jalouse, conduit les deux amants au suicide, transformant le repas de noce en banquet funèbre.

Margaux Eskenazi et les comédiens de sa troupe Nova, qui ont à peu près tous l’âge de Victor Hugo quand il écrit son drame, lui rendant, en somme, la monnaie de sa pièce, le traite avec la fougue et l’impertinence de la jeunesse. Pour eux Hernani n’est pas un intimidant chef d’œuvre à prendre avec les pincettes du respect, mais, entre inventivité et excès, prétexte de jeu et d’engagement des corps. Les manières, les mimiques, les gestes sont ceux de jeunes gens d’aujourd’hui. Loin des cambrures, des claquements de talons et des baisemains, ici, on s’empoigne, se caresse, s’embrasse, s’étreint. Tout y va vite et dans l’esprit des tréteaux. Le placard où l’on s’est caché devient le tombeau de Charlemagne où le Roi d’Espagne rêve de l’Empire. Un tapis rouge jeté à la hâte entre deux chaises nous transporte dans le château de Gomez da Silva, qui, au matin de ce qu’il pense être celui de son mariage, dévore goulûment un poulet en se pourléchant à l’idée de dévorer bientôt les charmes de sa nièce ! Plus heureuse, la scène des portraits qui nous rappelle que Victor Hugo aimait à parsemer de dessins les marges de ses écrits. Par les coupes opérées dans le texte, par l’option de ses mouvements scéniques, la mise en scène nous rend plus sensible la palpitation des cœurs que la réflexion autour du pouvoir qui affleure dans la pièce.

« Regarde le lustre et articule » ordonnait Louis Jouvet à ses élèves du Conservatoire, il semble hélas qu’il n’y ait plus de tels professeurs dans nos écoles de théâtre. Exceptées Sylvie Beurtheret, très excentrique Duègne et Laure Grandbesançon, Doña Sol fragile mais déterminée qui se sort fort bien de la fameuse et redoutée réplique « Vous êtes mon lion superbe et généreux », la troupe peine, et c’est dommage, à nous faire entendre le verbe flamboyant d’Hugo. Etre naturel et de son temps n’implique pas de parler à toute vitesse et d’avaler ses mots. Pêché de jeunesse réparable et qui, réparé, donnera tout son charme à un Hernani aux astringentes saveurs de raisins verts.

Hernani de Victor Hugo. Mise en scène Margaux Eskenazi avec Sylvie Beurtheret, Laurent Deve, Thomas Moreno, Jean Pavageau, Laure Grandbesançon. 1h45

Théâtre de Belleville jusqu’au 3 juin tel 01 48 06 72 34

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