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Critiques / Théâtre

Helsingør-le château d’Hamlet d’après William Shakespeare

par Corinne Denailles

Jeu de piste

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Voilà dix ans que le jeune metteur en scène Léonard Matton cherche un lieu pour concrétiser son rêve de théâtre immersif, deux ans qu’il écume Paris avant de trouver une ancienne usine de tuyaux dans le 5e arrondissement, 1 200 m2 dont il va reconfigurer complètement l’intérieur. Dès le départ l’entreprise personnelle devient une aventure collective. Le projet n’aurait jamais vu le jour sans la participation d’une cinquantaine de bénévoles. Il a fallu définir des espaces, monter des cloisons, installer une buvette, décorer, etc. Le Secret abrite un projet un peu fou de théâtre inédit dont l’ambition est de casser la relation traditionnelle scène/salle, de supprimer le quatrième mur afin de mettre acteurs et spectateurs dans une situation et dans une relation nouvelles.

Dès l’entrée, on est surpris par l’ambiance, chaleureuse et inattendue ; pas de hall de théâtre mais une buvette, un ciel de toiles tendues façon chapiteau ; l’endroit évoque en plus modeste le Théâtre du Soleil ou le théâtre équestre de Zingaro. On n’entre pas sans déposer son portable, et le monde extérieur, au vestiaire, en échange on reçoit un bracelet dont la couleur détermine un des quatre groupes auquel on appartiendra ; l’occasion de séparer les gens venus ensemble, car il n’est pas dit que nous voyions tous exactement le même spectacle et l’idée est d’échanger les expériences à l’issue de l’aventure. Au bout de quelques minutes une voix ténébreuse d’outre-tombe s’élève ; on nous explique le principe, les règles du jeu, quelques consignes. Au départ chaque groupe suit le fanion correspondant à la couleur de son bracelet comme pour une visite guidée d’exposition. Passé un lourd rideau de velours noir, on s’engouffre dans un couloir sombre pour déboucher dans un espace dont le sol est couvert de tapis persans. Là commence l’incroyable déambulation ; le public va découvrir Hamlet de l’intérieur en arpentant chacune des sept pièces qui figurent à la fois les espaces de jeu et le château d’Elseneur. Chaque groupe n’est pas censé voir exactement les mêmes scènes selon les déplacements, mais assez vite tous emboîtent le pas d’Hamlet, comprenant que c’est lui qui tient le fil de l’action. Les comédiens, tous excellents, jouent vite, s’évaporent derrière une tenture brutalement et tous de le suivre ; on aperçoit la fragile Ophélie dans sa chambre, on croise dans les couloirs des acteurs muets ou des spectateurs égarés qui cherchent où se passe l’action. Le dispositif met le public dans un état d’enfance étonnant, excité par une sorte de suspense. Les comédiens jouent au milieu des spectateurs, on se pousse pour leur faire de la place, on s’en approche au plus près, et eux, de leur côté, doivent jouer avec cette présence inhabituelle qu’il faut prendre en compte. Une donnée supplémentaire complexe qui bouleverse les codes conventionnels de la représentation. La pièce de Shakespeare se prête particulièrement à l’aventure car Hamlet concentre sur sa personne l’essentiel du texte et quel que soit le parcours on s’y retrouve. Ce soir-là, il était interprété par Stanislas Roquette, un comédien d’une intensité rare au jeu extrêmement physique, d’une ambiguïté parfaitement adaptée au tempérament d’Hamlet dont la folie est peut-être un refuge où il se perd contre la folie des hommes, contre cette mère monstrueuse qui fait assassiner son père au profit de son amant qui usurpe le trône du Danemark sans aucuns scrupules. Stanislas Roquette exprime admirablement la douleur de l’enfant trahi et la violence du désir aveuglant de vengeance. La mise en scène de Léonard Matton soigne le rythme d’ensemble et le détail de chaque scène.

Helsingør (le château d’Elseneur où se passe la pièce) sera joué jusqu’à fin octobre, peut-être en novembre pour laisser la place à la construction d’un hôtel. Et imperturbable Leonard Matton repartira en chasse d’un lieu éphémère pour le réenchanter.

Helsingør, château d’Hamlet, adaptation de la pièce de William Shakespeare, traduction Jean-Michel Deprats. Mise en scène Léonard Matton. Création univers sonore Enzo di Meo, Clément Hubert, Claire Mahieux
Création musicale Claire Mahieux. Création costumes Mathilde Canonne, Antoine Rabier. Décors, lumières et accessoires A2R Compagnie. Avec vingt comédiens en alternance : Roch-Antoine Albaladéjo, Dominique Bastien, Loïc Brabant, Cédric Carlier, Michel Chalmeau, Zazie Delem, Camille Delpech, Marjorie Dubus, Anthony Falkowsky, Thomas Gendronneau, Gaël Giraudeau, Jean-Loup Horwitz, Laurent Labruyère, Mathias Marty, Claire Mirande, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Jérôme Ragon, Hervé Rey, Stanislas Roquette. A Paris 5e, Le Secret, 18 rue Larrey à vendredi à 21h, samedi à 18h et 21h, dimanche à 18h. Durée : 1h30.
www.le-secret-paris.com

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