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Critiques / Comédie & Humour

« HA HA HA » par OkidOK

par Gwenaëlle de Kerret

La Grâce des « klouns »

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Il est des clowns qui vous amusent, d’autres qui vous irritent, d’autres enfin qui vous enchantent. Les « klouns » de la compagnie OkidOK relèvent de la dernière catégorie : leurs maladresses et leurs pitreries transportent les spectateurs dans un univers poétique où tout est simple. A peine si l’on s’aperçoit que le langage des deux personnages est un grommellement incompréhensible. Jusqu’à l’extrémité de leurs doigts, leur corps est d’une expressivité que les mots eux-mêmes peineraient sans doute à traduire.


La logique des clowns

Ha ha ha met en scène les expériences de deux amis avec différents objets, mais aussi, tout simplement, avec leur propre corps. Même si ces expériences sont parfois des stéréotypes du comique (crocs-en-jambes, etc.), le public peine quelques instants à entrer dans l’univers des deux personnages : les costumes, les lumières et l’accompagnement musical, mais aussi l’air interrogatif avec lequel les deux clowns scrutent les spectateurs, sont en rupture avec les ancrages clownesques attendus. Un peu décontenancé, le spectateur tente donc d’abord de distinguer des « personnages » chez les deux clowns, de deviner de possibles intrigues. Mais la malice remplace vite la perplexité apparente des deux clowns, et la logique d’OkidOK s’expose bientôt au public ravi.

En apesanteur

Le titre du spectacle n’illustre en rien la grâce des deux compères d’OkidOK. Sous leurs costumes trop larges ou trop étroits, ils tiennent plus de lutins malicieux que de bateleurs de cirque. A travers des jeux élémentaires, le duo réinvente la matière, la manipulation des objets quotidiens, avec une souplesse qui esquisse un monde en apesanteur. « Savez-vous tout ce qu’on peut faire avec des boîtes en carton ? », semblent interroger les deux artistes, narquois, en s’échangeant d’immenses caisses comme s’il s’agissait de simples balles de jonglage. Sur scène, tout semble ainsi voler, tournoyer, au rythme de la fantaisie des clowns. Les deux artistes ne font pas montre d’acrobaties héroïques, agrémentant leurs ébats de chutes, sauts et cabrioles facétieuses. Mais nul n’est dupe, cette apparence de facilité et de légèreté est bien le fruit d’un véritable travail physique.

Interrogations essentielles

Derrière la candeur proprement enfantine des jeux des deux clowns, des interrogations essentielles ne manquent pas de se faire sentir : le spectacle met ainsi en scène l’angoisse de l’inconnu, la peur de la solitude ou de l’abandon, au travers d’aventures et de situations dont la simplicité met en exergue le caractère universel. Les émotions sont vécues sur scène pleines et entières. Le rire, les pleurs, l’émerveillement, l’interrogation sont pures sensations, sans artifice, sans fausse pudeur.
OkidOK révèle ainsi le paradoxe fondateur du clown : derrière le fard qui mange son visage et le caractère esthétisé de la mise en scène, ce sont des émotions sans fard qu’il expérimente. Car le clown, c’est bien celui qui, en dépit des rires que ses maladresses suscitent, ressent comme nous, mais tellement plus, tellement mieux.

Prochaines représentations : du 21 au 25 juillet à Besançon ; le 1er août à Isny (Allemagne) ; du 3 au 11 août à Dansescenen (Danemark).

« Ha ha ha », par la compagnie OkidOK ; interprètes : Xavier Bouvier et Benoît Devos ; mise en scène : Louis Spagna.

Crédit photo : Jean-Charles Dherville

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