Du 28 mars au 5 avril, Odéon-Théätre de l’Europe, Ateliers Berthier.
Good Bye Lindita, mise en scène, dramaturgie Mario Banushi.
Une cérémonie d’adieux bouleversante.

Le public entre alors que le plateau est occupé, un couple regarde la télévision, seul son de voix humaine que l’on entendra. Quand l’homme l’éteint, la représentation commence. La femme semble prendre soin d’une autre femme, la réchauffe, la prend dans ses bras. A jardin, le lit où git celle-ci ; à cour, une fenêtre d’où perce la lumière, une table, deux chaises, la télé.
Sur le mur, une grande icône dorée comme on en voit dans les églises orthodoxes. le visage de cette Vierge Noire est un trou béant, semble-t-il. L’intérieur simple d’une maison des Balkans, de Macédoine ou d’Albanie, imprègne l’atmosphère d’une ambiance d’un autre temps. Une maison ressemblant à celle où est né Mario Banushi.
Le couple ouvre une grande malle qui se transforme en cercueil, un corps nu apparaît créant la surprise. C’est celui d’une femme, toute la représentation est construite autour de la prise en charge de ce corps par la famille qui l’entoure qui partage le deuil, non dans un recueillement individuel et contraint, mais en s’engageant corps et âme collectivement dans cet adieu à une femme manifestement aimée des siens.
Les tableaux se succèdent, la pièce est conçue tel un montage où le lien qui relie l’ensemble est créé par la tonalité, la lumière, la musique qui se pose sur le corps ou les corps. Car la morte semble se multiplier par moments, d’autres corps de femmes apparaissent, comme autant d’âmes qui peuplent la veille maison.
A d’autres moments, le rituel collectif est rompu par des scènes relevant d’une forme d’animisme encore plus ancien, comme les soubresauts épileptiques de la morte illustrant l’expulsion de l’âme hors du corps ou son évasion par la fenêtre nimbée de lumière.
Certaines scènes sont inscrites dans les réminiscences des spectateurs, la toilette et la préparation du corps dans des atours choisis, un usage réservé aux femmes et pratiqué il y a encore quelques années dans bien des campagnes. Les fleurs et leur parfum, dernières résistances à la disparition des rituels mortuaires.
Le rapprochement avec Les Chevaux de Feu de Sergueï Paradjanov vient vite à l’esprit, il existe à l’évidence une proximité des deux œuvres outre le fait que les cultures houtsoules et albanaises ont forcément des points communs. Mario Banushi a découvert, nous dit-il, les films du cinéaste après coup sur les conseils d’amis, l’inspiration et le traitement formel puisent à la même source. L’un des tableaux de la pièce où la morte est habillée en costume traditionnel rejoint l’une des scènes du film parce qu’il relève d’une mémoire partagée.
La pièce fut la première création du metteur en scène pour le Théâtre National de Grèce à Athènes où elle a attiré un très nombreux public. Cela tendrait à prouver qu’elle correspondait à une attente. Faut-il en ce sens la rapprocher d’Un Sacre de Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix, qui avaient conçu leur spectacle sur la constatation que la société actuelle générait une douleur dans son empêchement à faire le deuil d’une personne aimée. Mario Banushi n’hésite pas à avouer que son spectacle est né de la perte ressentie de quelqu’un qui lui était très proche, Lindita a bien vécu parmi les hommes.
Good Bye Lindita est enfin une réflexion sur le sens et la profondeur de l’image incarnée, à l’encontre du zapping ou du défilement d’écran, l’image qui incite à réfléchir et à se concentrer, un antidote au poison d’une technologie non maitrisée, une réflexion sur l’évolution du monde, une mise en garde contre l’oubli de l’autre et de soi.
Good Bye Lindita, mise en scène, dramaturgie Mario Banushi, scénographie, costumes Sotiris Melanos, lumière Tasos Palaioroutas, musique Emmanouel Rovithis, dramaturgie Sofia Eftychiadou, Aspasia-Maria Alexiou avec Mario Banushi, Dafni Drakopoulou, Alexandra Hasani / Megi Shuli, Akillas Karazisis, Erifyli Kitzoglou, Rita Lytou, Heleni Habia Nzanga, Eftychia Stefanou. Du 28 mars au 5 avril, du mardi au samedi 20h, dimanche 15h, Odéon-Théätre de l’Europe, Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, 75017 - Paris. Tél : 01 44 85 40 40, www.theatre-odeon.eu
Crédit photo : Theofilos Tsimas



