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Critiques / Théâtre

Giordano Bruno, des signes des temps

par Corinne Denailles

Penser le monde

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A l’occasion de l’année mondiale de l’astronomie, l’Observatoire de Paris accueille le spectacle conçu par Laurent Vacher, autour de la figure de Giordano Bruno. Créé en 2001, le spectacle a été présenté sous la coupole de l’Observatoire de Nice, dans le pavillon botanique du Museum national d’histoire naturel de Paris, les salles du Carreau de Mine de Forbach, des châteaux de Malbrouk, de Liverdun. A partir des textes de cet astronome et philosophe, Laurent Vacher a monté un spectacle intelligent et passionnant qui raconte la vie tragique de ce contemporain de Galilée, qui, sur la base des recherches de Copernic et de Cues, a confirmé l’intuition selon laquelle l’univers serait infini, et qu’il y aurait de nombreux autres systèmes solaires. Cela lui a valu, au terme de huit années de procès, d’être condamné au bûcher par le tribunal de l’Inquisition et brûlé vif en 1600. Cet esprit frondeur avait tous les torts. D’une intelligence exceptionnelle, il avait conçu une théorie de la mémoire qui intéressa vivement Henri III qui l’accueillit un temps à la Cour. Prêtre rebelle, il revendiquait un goût pour la vie et tous ses plaisirs sans discrimination et accusait l’Eglise d’exercer son pouvoir sur le peuple en cultivant un commode sentiment de culpabilité. Croyant, il défendait une religion déiste débarrassée de toutes ses impostures en forme de fables. Il avait aussi le tort de s’intéresser à la magie.

Un fête de l’intelligence


Pour échapper au piège du fastidieux cours de Sorbonne, Laurent Vacher a chargé trois comédiens très différents (Benoît di Marco, Pierre Hiessler et Laurent Levy), tous les trois très justes, de porter la parole de Giordano Bruno face à ses juges, chacun assumant un aspect de sa personnalité et de sa pensée. Le spectacle déambulatoire conduit les spectateurs dans trois espaces différents, comme trois stations d’un calvaire très humain. Probablement pour éviter de trop compliquer les choses, le rôle de l’Inquisition est réduit à un statut de juge un peu borné, éludant toute dialectique qui aurait montré combien ces bourreaux étaient aussi des savants et souvent des plus érudits.
La destinée de Giordano Bruno, faite de solitude et d’errances de par le monde pour défendre ses idées jusqu’à la mort, nous rappelle combien science, religion et philosophie ont partie liée, combien comprendre le monde donne du sens à l’existence, combien en être acteur exige un dépassement de soi parfois douloureux mais qui offre en retour les plus passionnantes gratifications. Sans vouloir tomber dans la transposition facile, on ne peut s’empêcher de voir dans ce spectacle une source de méditation sur les ravages de toutes les formes d’intolérance, politique, religieuse ou même sociale. Giordano Bruno incarne, comme tous les grands penseurs qui sont allés contre les valeurs établies au nom de la connaissance, une liberté de pensée qui symbolise la plus haute idée de l’humanisme. Laurent Vacher, Benoît di Marco, Pierre Hiessler et Laurent Levy offrent un spectacle d’une belle théâtralité, doté d’un travail de qualité sur l’ambiance sonore, qui réjouit l’esprit et ouvre des abîmes de réflexion féconde.

Giordano Bruno, des signes des temps, un spectacle de la compagnie Gredin, adaptation de textes de Giordano Bruno par Laurent Vacher (avec la complicité d’Ariane Gardel), mise en scène Laurent Vacher, avec Benoît Di Marco, Pierre Hiessler et Laurent Levy. Lumière, Victor Egea, son, Thomas Rannou et Michael Schaller. Jusqu’au 12 décembre du lundi au samedi à 20h30 sauf jeudi à 19h30, à l’Observatoire de Paris, 61 rue de l’Observatoire. 75014 Paris Renseignements, location : 01 44 84 72 20 (resa.giordanobruno gmail.com ). Durée : 2 heures.

Relations avec les publics (groupes, scolaires) : Marie‐Charlie Pignon ‐ 06 84 11 94 23 – mariecharlie2 yahoo.fr

Tournée :
St Michel-sur-Orge du 7 au 9 janvier 2010
ST PIerremont Mancieulles, 21 et 22 janvier 2010
Saulcy-Metz, 27 ET 28 janvier 2010.

Texte aux éditions Gilletta.

Rendez-vous presse sur Radio France : voir le site de la compagnie : www.compagniedubredin.com

crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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