Accueil > George Dandin de Molière

Critiques / Théâtre

George Dandin de Molière

par Jean Chollet

La Lutte des classes

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Reste -t-il une autre solution à ce riche paysan, ayant souhaité monter dans l’échelle sociale, que de “ s’aller jeter dans l’eau la tête la première ” ? Ce croquant a épousé dans ce but, la jeune Angélique de Sotenville sous la pression de ses parents, nobles ruinés, voyant dans l’affaire un nécessaire soutien financier. Mais depuis son mariage, George Dandin a constaté la tendance de son épouse à vouloir jouir “ de quelques beaux jours que m’offre la jeunesse ”. Elle se laisse courtiser par un aristocrate du voisinage, Clitandre, auquel elle ne reste pas insensible. Dandin avertit, cherche à trois reprises à convaincre, preuves à l’appui, ses beaux-parents du manque de vertu de leur fille. Mais il échoue, victime de complicités domestiques, et n’obtient que sarcasmes et humiliations. Telle se présente, dans ses grandes lignes, cette comédie – ballet de Molière, en trois actes et en prose, présentée pour la première fois en 1668 à Versailles.

Dans cette évocation, la situation apparaît bien improbable pour l’époque, en fonction des relations des roturiers avec la noblesse, aussi Hervé Pierre transpose l’intrigue au XIX siècle. Sa représentation, passe surtout par un éclairage politique des clivages de classes et des situations qu’ils entrainent. Dans l’imposant décor de bois à claires voies sur deux niveaux d’Eric Ruf, à la fois évocateur, fonctionnel et métaphorique, de la maison de Dandin, cette comédie porte ici des accents plus sombres que comiques. L’aboutissement de cette version, tient surtout dans l’interprétation de la jeune pensionnaire du Français, Claire de la Rue du Can, qui donne à ressentir les tourments d’Angélique contrainte à un mariage forcé et aspirant à une légitime liberté de vie. A ses côtés, Jérôme Pouly donne à Dandin la stature rustre du personnage et porte davantage des accents plus émouvants que ridicules, Catherine Sauval et Alain Langlet, les parents Sotenville, révèlent la prétention aveugle de l’aristocratie, Simon Eine, traduit la condition d’un serviteur terrorisé, et Pierre Hancisse, affiche en Clitandre, la morgue d’un hobereau manipulateur. La seule coloration comique tient dans l’interprétation piquante des deux valets complices d’Angélique, Noam de Morgensztern, Lubin, et Pauline Méreuze, Claudine.

Dans cette création qui n’échappe pas à certain classicisme, il manque sans doute un souffle libérateur et un grain de folie qui devraient sans doute apparaître au fil des représentations

Georges Dandin de Molière, mise en scène Hervé Pierre, avec Simon Eine, Catherine Sauval, Alain Lenglet, Jérôme Pouly, Pierre Hancisse, Noam Morgensztern, Claire De La Rue du Can, Pauline Méreuze. Scénographie et costumes Eric Ruf, lumières Christian Dubet, musique Vincent Leterme. Durée : 1 heure 30.

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 1er janvier 2015.tel : 01 44 39 87 00

Photos Christophe-Raynaud-De- Lage

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.