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Critiques / Théâtre

Gênes 01 de Fausto Paravidino

par Corinne Denailles

Le monde sur un plateau

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Le sommet du G8, tenu à Gênes en 2001, avait fait parler de lui. La manifestation altermondialiste qui s’était déroulée en marge avait réuni plus de 300 000 personnes. A l’époque, Berlusconi n’avait pas hésité sur les moyens donnés à la police pour maintenir l’ordre. Au final, un mort.
Selon Fausto Paravidino, l’auteur du texte, au-delà de cette tragédie, le problème soulevé par cet événement, est la question de l’engagement et du manque de projet, maladie de notre société. Il se rallie à la pensée de Pasolini qui, en d’autres temps, renvoyait dos-à-dos la police et les manifestants dans la mesure où aucune idéologie ne guident leurs actes.
Fondant son propos sur la notion de tragédie, il l’inscrit d’emblée dans le champ du théâtral, éludant ainsi la difficulté qu’il y a à prendre pour sujet un événement politique d’une actualité aussi récente, le manque de distance rendant l’exercice d’autant plus complexe.

Faire théâtre de tout et surtout du politique

Le mettre en scène n’est pas moins délicat ; Victor Gauthier-Martin s’en acquitte avec intelligence, déjouant tous les pièges d’un didactisme pesant et toutes les facilités démagogiques. Il confirme ici un talent original qu’on avait pu apprécier lors de sa mise en scène de La vie de Timon en 2005. Sur le plateau, un écran diffuse durant quelques minutes un résumé filmé des événements, un écran en fond de scène permettra des jeux inattendus et très efficaces avec la vidéo. Les acteurs, fonctionnant comme un chœur, la parole du peuple, dévide le fil de l’histoire pour, avec les spectateurs, tenter de comprendre ce qu’il s’est vraiment passé, comme une caméra repasserait au ralenti le film des événements. Au milieu d’un savant capharnaüm, à l’image du monde, le discours est mis en mots, en images et en musique ; aussitôt évoquées, des scènes jouées sans aucun réalisme nous plongent au cœur de la tension du moment. Les acteurs, tous formidables, animés d’une belle énergie, transmettent l’idée que l’engagement est d’abord une histoire de soi à soi et un rapport au monde, et qu’il ne suffit pas de s’encarter ou de défiler pour être citoyen.

crédit : G.Amenel

Par un bel effet de miroir, en réponse à l’interrogation sur la problématique de l’engagement posée par Paravidino, le spectacle fait acte d’un véritable engagement fondé sur la réflexion et démontre qu’il est possible de faire théâtre de tout même des sujets les plus ingrats, que le théâtre peut être politique et ludique à la fois, grave et jubilatoire. Sa mission n’est-elle pas, de tous temps, de divertir en instruisant, et réciproquement ?


Gênes 01, de Fausto Paravidino, mise en scène et scénographie Victor Gauthier-Martin, avec Alban Aumard, Clémence Barbier, Marie Dablanc, Pascale Oudot, Régis Royer et Dayan Korolic (musique originale), Quentin Descourtis et Julien Delmotte (vidéo). Au théâtre de la colline jusqu’au 6 décembre. Du mercredi au samedi à 21h, mardi 19h, dimanche, 16h. Tél. : 01 44 62

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