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Forum du Théâtre Européen - Nice 2008

par Laetitia Heurteau

Les premiers jalons d’une action nécessaire en faveur du théâtre et de la culture en Europe

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A l’initiative de Daniel Benoin, directeur du Théâtre National de Nice, et de la municipalité de Nice, le Forum du Théâtre Européen, événement culturel européen dès à présent incontournable, s’est déroulé du 11 au 14 décembre dernier, mettant en lumière une thématique forte « Pouvoir et théâtre, pouvoir du théâtre ».

Forum sur le papier mais forum également dans la pratique car c’est bel et bien dans la salle d’un amphithéâtre (celui du Centre Universitaire de Nice) que la discussion a été lancée par le brillant philosophe et orateur, Bernard- Henri Lévy qui n’aurait pas déparé en revêtant la célèbre toge antique.

Quand BHL intervient…

Et le fait est que cette ouverture du Forum par un philosophe avisé,mais non spécialisé en théâtre, a suscité de nombreuses réactions tout au long des tables rondes qui ont suivi la journée d’ouverture. BHL a fasciné son public par son art oratoire, mais sur le fond, on lui a reproché d’avoir survolé la question et d’avoir commis quelques erreurs dans sa lecture des trente-trois rapports rédigés par les journalistes de théâtre représentant chaque pays de l’Europe.

BHL a déclaré qu’il n’y avait pas de société sans démocratie (remarque qui n’a pas vraiment convaincu les pays de l’Europe de l’Est). La situation très diversifiée du théâtre et de la politique s’explique aussi par la diversité de gestion du financement dans chacun des pays de l’Europe de 2008. Enfin, il relève le grand retour du théâtre politique, avec une forte connexion entre le théâtre et les soucis de la réalité quotidienne, à l’image du travail de cette troupe suisse-allemande, Rimini Protokoll qui aime à brouiller les pistes entre fiction et réalité.

Le théâtre, cet « art moribond »

Cette expression lancée puis réfutée par BHL a été reprise par de nombreux intervenants du Forum. Selon l’universitaire, critique de théâtre et écrivain, Robert Abirached, « il est certain que le théâtre n’est plus au centre de la cité. » Beaucoup d’intervenants ont rappelé avec nostalgie l’époque de la démocratisation du théâtre, de 1945 à 1980. Nicolas Sarkozy lui-même a récemment refermé la porte à ce mouvement, illustré ici par l’annonce inquiétante de la stabilisation du budget alloué à la culture du fait de la crise par Dominique Antoine, le conseiller culture et éducation à la présidence de la République.

Le spectre des dictatures au sein même de l’Europe de 2008 n’a pas fini d’avoir des incidences sur notre société et le théâtre en reste pour cela un parfait miroir. Ainsi Marek Halter a cité Job dans la Bible : « Nous sommes d’hier et nous ne le savons pas. » Des témoignages sur la situation du théâtre en Hongrie, en Russie, en Moldavie ou au Portugal sont venus nuancer clairement les complaintes des hommes de théâtre de l’Ouest européen. « Si nous pouvions avoir vos problèmes de financement, ce serait déjà incroyable a déclaré une journaliste moldave au metteur en scène Michel Dubois qui regrettait son action politique manquée dans la ville de Caen. En Moldavie, nous n’avons aucune aide de l’Etat, ni de la télévision, mais croyez-moi, au Théâtre Eugène Ionesco, nous faisons du mieux que nous pouvons. »

Le comédien Robin Renucci, prenant alors la parole, d’une manière claire et engagée, s’est avoué soucieux et indigné par les rapports actuels entre politique et théâtre. Il a présenté le travail de son association, L’ARIA, créée il y a douze ans, chargée de reconstituer une chaîne entre la jeunesse, l’éducation nationale et la culture en réunissant professionnels et amateurs, enseignants et politiciens.

Attaches essentielles mais liaisons dangereuses

Du côté des hommes politiques et de ceux de la télévision, le discours s’est révélé riche en promesses en tous genres. Le directeur du département Spectacles de France 2 a promis d’étendre les offres de prochains spectacles, fort du succès des dernières diffusions en direct des pièces de Guitry. Celui d’Arte a fait un appel du pied à Thierry Pariente, délégué du Théâtre au ministère de la culture et de l’information, qui a concédé que le dangereux morcellement des aides au financement reçues par le théâtre de l’Etat. Ainsi la formule de l’universitaire, Emmanuel Wallon, a synthétisé à merveille l’ambiguïté de ce couple Pouvoir/Théâtre : « attaches essentielles mais liaisons dangereuses ».

De ce Forum, il faut souligner son principal mérite d’avoir poser les bases d’une réflexion européenne sur ce couple orageux et désuni Théâtre/Pouvoir qui doit trouver et de façon imminente des solutions pour sa survie.
Dans l’esprit de la troupe israélo-arabe du spectacle Nostalgie, présenté en soirée à Nice, le public est à reconquérir et de manière toujours inventive.

Il faut se servir également des outils de communication de l’époque, Internet et sa communication en réseaux (ici au Forum les noms de Facebook ou Myspace semblaient terrifier ses participants qui pour la majorité, portaient des cheveux blancs), suivre l’exemple encourageant de l’association de Robin Renucci qui localement travaille pour recréer le dialogue entre l’école, le théâtre et la politique.

Féliciter et encourager financièrement, enfin, les initiatives des professionnels du théâtre qui travaillent déjà sur le terrain en prison ou dans les écoles de banlieues et retisser ce dialogue social qui est actuellement sur le point d’exploser.

A noter que deux livres en français et en anglais, aux Editions Actes Sud publieront en 2009 le compte-rendu de cette rencontre ainsi que les trente-trois rapports rédigés pour l’occasion.

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1 Message

  • Forum du Théâtre Européen - Nice 2008 19 décembre 2008 14:25, par Buan

    A propos des pièces de théâtres retransmises par la télé, je voudrais savoir à qui est versé l’argent de la télé ?
    Murat, patron du théâtre Eddouard VII où se jouaient quelques pièces retransmises, a-t-il empoché tout l’argent (le redistribuant ensuite à son équipe ) où cet argent est-il versé à un fonds pour aider diverses salles de théâtre ou compagnies ? Un peu comme cela se fait pour le foot, où l’argent de la télé ne va pas uniquement et totalement aux deux clubs qui passent à la télé mais est réparti entre tous les clubs.
    dans une logique de salle de théâtre, l’argent donné par la télé c’est énorme. doit-il uniquement profiter à Murat ?

    par ailleurs, deux questions à Benoin : comment peut-il avancer qu’à Nice il n’existe pas les conditions pour créer un festival de théâtre ? a- t-il au moins inviter pour ce forum international les petits théâtre et les compagnies qui existent à Nice ?

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