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Critiques / Théâtre

Fin de partie de Samuel Beckett

par Corinne Denailles

Rien n’est plus drôle que le malheur

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A la fin des fins, la partie est perdue pour de bon mais ça n’empêche pas de jouer, et de toute façon on n’a pas le choix. Sans ménagement aucun, Beckett se livre à une autopsie in vivo des futurs cadavres que nous sommes, observant comment la machine se déglingue, comment les ressorts s’usent et la vitalité s’éteint ; ceci non sans en rire, pour ne pas en pleurer, évidemment. Il a enfermé Hamm et son « esclave » Clov dans un non-lieu, une cave grise dont les fenêtres sont si hautes qu’il faut un escabeau pour y accéder. D’un côté la mer, de l’autre un espace vide où Clov apercevra un enfant mal en point. Doubles du couple, à l’avant-scène, un vrai couple celui-là, mais séparé, chacun dans sa poubelle, très vieux, au-delà des limites, un pied dans la tombe. Nell et Nagg, Gilles Segal et Dominique Marcas forment un couple beckettien magnifique d’une présence admirable. Nell commente ainsi une anecdote racontée par Nagg : « Rien n’est plus drôle que le malheur. » Le corps absent, le geste lent creusé dans le silence, lui a un visage incroyablement expressif, d’une humanité qui touche aux rives de l’enfance ; elle, encore plus silencieuse, comme saisie d’une raideur morbide. Ils sont la projection immédiate de leur progéniture, Hamm, handicapé, aveugle, qui vitupère et éructe (un peu trop) sur sa chaise, son trône de roi nu. Dominique Pinon, grand interprète de Novarina ou Topor, est moins à son affaire avec Beckett. Son Hamm est trop terrien, trop incarné, trop vivant, il pèse trop sur le texte. Charles Berling, qui signe une mise en scène d’une belle fidélité, exprime avec beaucoup de finesse la brisure de l’être de Clov, le souffre-douleur épuisé physiquement et moralement, animal harassé, dont le corps, au bout du rouleau, ne répond plus et finit par se soumettre dans ce combat perdu d’avance. Ce tableau tragique et dérisoire de nos vies qui se jouent sur de pervers rapports de domination maître/esclave, se double d’une réflexion sur la création littéraire qui se délite aussi renvoyant tout le monde au néant, plus d’histoire, plus de personnage, plus rien, pas de partie gratuite. Hamm répond à Clov qui se désole de ne servir à rien : « tu sers à me donner la réplique ». C’est sans réplique.

Fin de partie de Samuel Beckett, mise en scène Charles Berling, avec Charles Berling, Dominique Marcas, Dominique Pinon, Gilles Segal. Au théâtre de l’Atelier, jusqu’au 3 janvier 2009 du mardi au samedi à 21h, dimanche et samedi à 16h. Durée : 2h. Tél : 01 46 06 49 24. www.theatre-atelier.com

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