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Fin d’année à Garnier et à Bastille

par Yves Bourgade

Mobilisation des danseurs grands et...petits

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Dans ses deux théâtres, le Palais Garnier et l’Opéra Bastille, l’Opéra de Paris affiche 49 représentations par son Ballet et son Ecole de danse, soit plus de 100.000 places à la vente dès fin novembre et surtout au mois de décembre. Au programme, deux morceaux de choix et de circonstance : Casse-Noisette et La Source, ainsi que les « Démonstrations » des « Petits rats ».

C’est en 1977 que l’ancienne étoile Claude Bessy, alors directrice de l ‘Ecole de danse, a eu l’idée de ces « Démonstrations » que son successeur, une autre étoile Elisabeth Platel a pérennisé. Une occasion pour le public de s’initier à l’apprentissage de la danse classique à l’Opéra de Paris.

Sur la scène de Garnier, au cours de cinq représentations du 7 au 21 décembre, les élèves des différentes « divisions » (différents niveaux) encadrés par leurs professeurs, montrent ce que sont les codes de la danse classique et plus spécifiquement de l’école française. Cette dernière porte une attention toute particulière à la petite batterie (l’action des jambes se croisant ou s’entrechoquant une ou plusieurs fois le temps de suspension d’un saut), au travail des pointes et à la coordination des bras. On peut aussi apprécier ces apprentis dans leur maîtrise des autres styles chorégraphiques : danse contemporaine, mime, danse de caractère, danse baroque et expression musicale.

Pour les plus jeunes élèves, après un premier trimestre de travail, c’est la première confrontation avec le public et on est surpris par leur appropriation progressive de la scène.

On retrouve les plus âgés des élèves dans les 21 représentations de Casse-Noisette à Bastille jusqu’au 31 décembre, aux côtés de leurs aînés du Ballet.
Ce spectacle fait partie du « fonds Noureev » du Ballet de l’Opéra de Paris. Pendant la période de 1983 à 1989 où il dirigea la compagnie, Rudolf Noureev remonta en 1985 ce morceau de bravoure sur la musique de Tchaïkovski, envahie par l’enchantement du retour au pays de l’enfance et la nostalgie. Lorsqu’il était en URSS élève de l’Ecole Vaganova, puis soliste du Kirov de Leningrad (aujourd’hui à nouveau Saint-Pétersbourg), l’étoile avait eu l’occasion de danser la version de cette féérie qui y avait cours et qui perpétuait celle de 1892 du créateur Marius Petipa d’après un conte de E.T.A. Hoffmann adapté par Alexandre Dumas.

Avec Hoffmann, Casse-Noisette est un conte aux sombres replis. Dumas le tire du côté des contes de Noël. Petipa le conçoit comme un pur divertissement que respecte Tchaïkovski tout en étant réceptif au romantisme hoffmannien. Rudolf Noureev opéra une synthèse entre la vision idyllique russe et l’étrangeté du monde d’Hoffmann. La rocambolesque histoire de poupées et de rats devient avec lui « la projection d’un rêve d’adolescente culpabilisée par ses désirs féminins naissants ». Son héroïne (Clara) est une petite fille qui passe de l’enfance à l’adolescence et ressent les premiers émois de l’amour face à son parrain (Drosselmeyer), vu comme un personnage, sans âge, mystérieux et fascinant, avant de revêtir l’aspect d’un jeune prince de rêve. Le décorateur Nicholas Georgiadis a transposé l’action, pour la création de la production parisienne, dans un salon de la grande bourgeoisie des années 1900. C’est l’époque où Freud publiait « La science des rêves » .

A l’occasion de cette nouvelle reprise, deux espoirs du Ballet font leurs débuts dans les rôles de Clara et de Drosselmeyer : les choryphées Léonore Baulac et Germain Louvel (le 12 décembre) et alternent jusqu’au 31 décembre avec les étoiles Dorothée Gilbert, Ludmila Pagliero, Amandine Albisson, Mathieu Ganio, Mathias Heymann, Joshua Hoffalt et Stéphane Bullion (qui débutera en Drosselmeyer le 22 décembre) ainsi que la première danseuse Mélanie Hurel. Chacun de ces solistes donne une note personnelle à son personnage et a toute liberté de briller dans les envolées lyriques multipliées par Noureev.

Si Casse-Noisette est une commande des Théâtres impériaux de Russie, La Source appartient au répertoire de l’Opéra de Paris où ce ballet sur un livret d’après Charles Nuitter et Arthur-Saint-Léon et une musique de Léo Delibes et Ludwig Minkus, fut créé en 1866. Cette Source est dansée à Garnier jusqu’au 31 décembre pour 23 représentations.

La différence entre les deux pièces : il ne reste rien de la chorégraphie initiale de Arthur Saint-Léon, héritier de la grande tradition française de la danse noble qu’il amena à Saint-Petersbourg où il fut maître de ballet.

L’ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris Jean-Guillaume Bart a été captivé très jeune par l’univers de La Source qu’il a remontée en 2011 sans chercher à marcher dans les pas de Saint-Léon à partir de documents inédits. On reste cependant plongé au sein d’un monde luxuriant, d’un paradis de la nature, aux confins de l’Europe, peuplé d’êtres magiques, - des elfes et des nymphes- et où se déroule une histoire d’amour qui rappelle le mythe d’Ondine. On peut aussi y voir les derniers feux d’un romantisme exotique.

Jean-Guillaume Bart est techniquement fidèle à l’univers de la danse classique. « Je n’invente pas les pas, dit-il, mais je les agence selon ma manière, mon mode de pensée…Je travaille surtout sur des enchainements fluides et cohérents. Je m’attache beaucoup à souligner le plaisir du jeu d’acteur et à mettre en valeur la dimension "naturelle" de la danse classique ». Sa Source s’inscrit en fait dans la filiation du « ballet d’action » né au XVIIIème siècle.

Les danseurs du Ballet de l’Opéra n’ont pas de mal à interpréter cette chorégraphie qui utilise un vocabulaire dont ils sont familiers. Les elfes sont des frères de Puck du Songe d’une nuit d’été . Les nymphes dans le sillage de Naïla, l’esprit de la Source , font penser aux alignements de Wilis dans « Giselle ». Les danses de caractère ont aussi leur place lorsqu’interviennent hommes et femmes de la caravane qui accompagne la belle Nouredda promise au harem d’un Khan. Les solos et pas de deux abondent pour les deux héroïnes féminines et le héros masculin le chasseur Djémil, amoureux de Nouredda qu’il récupérera au final par le sacrifice de Naïla.

Eric Ruf, pour des décors utilisant sobrement cordes et articles de passementerie, Christian Lacroix, pour les costumes aux couleurs habituelles dans la gamme d’orange ou fraise écrasée du couturier, ont conçu un cadre et des habits idoines, intemporels pour cette histoire dansée, poétique et virtuose, sur une musique moins ronflante que d’habitude chez Minkus, mélodieuse et rythmée chez Delibes.

Les distributions font alterner étoiles, espoirs dans les principaux rôles, ainsi que des premiers danseurs comme Muriel Zusperreguy (Naïla), Eve Grinsztajin (Nouredda) et François Alu (Djémil) qui déjà habitent leurs personnages. Ce trio est notamment affiché les 5 ,7,10 et 15 décembre.

-Palais Garnier : Démonstrations les 7 et 21 décembre à 10H30 et les 7, 2O et 21 décembre à 14H3O, places de 10 à 30 euros.
La Source jusqu’au 31 décembre , places de 10 à 130 euros . Durée 2H15.
Opéra Bastille  : Casse-Noisette jusqu’au 31 décembre, places de 5 à 130 euros. Durée 2H10

Photos 1 et 2 démonstration des élèves ©David Elofer OnP photo 3 : La Source ©Julien Benhamou OnP

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