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Critiques / Théâtre

Faut pas payer de Dario Fo

par Corinne Denailles

Un rire vengeur

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Jongleur de mots, comme il se qualifie lui-même, Dario Fo est un, conteur plein de verve, qui se revendique justement de la famille d’Aristophane, de Ruzzante, de Goldoni, évidemment, mais aussi de Molière dont il a mis en scène deux farces en 1990 à la Comédie-Française, avec un bel esprit d’enfance. Ecrivain prolixe, il a écrit quelque 80 pièces dont beaucoup sont traduites dans le monde entier. Prix Nobel de littérature en 1997, il a été le premier homme de théâtre à recevoir cette distinction, un honneur pour la grande famille des bouffons à laquelle il appartient. Dario Fo travaille avec sa compagne Franca Rame. Ensemble ils cultivent le rire jubilatoire et libérateur, toujours très politique. L’engagement politique est le moteur de l’écriture. On se souvient de l’irrésistible Mort accidentelle d’un anarchiste, pièce écrite durant les années de plomb qui a remporté un grand succès à Paris dans la mise en scène mémorable de Jacques Echantillon avec Jean-Jacques Moreau, récompensée par 3 molières.

Les caddys font de la résistance

Faut pas payer date des mêmes années 1970. Cette comédie met en scène des ménagères en colère qui, armées d’audace et d’impatience, organisent des commandos dans les supermarchés et décident de l’auto réduction du coût du caddy, mais n’ose pas l’avouer à leur mari. En Italie, la libération de la femme trouve ses limites devant l’autorité maritale. Rouerie de l’auteur qui use justement de ce trait légendaire pour en faire le ressort de la farce. Puisqu’on ne peut avouer la rébellion féminine et domestique, il faut bien trouver un moyen de dissimuler les marchandises. Antonia ne manque pas d’à propos ni d’énergie, elle flanque tout sous le lit et au passage sous le manteau de Margherita, aussi effacée et muette qu’Antonia est exubérante et bavarde. Ensuite, les situations burlesques s’enchaînent au fur et à mesure qu’Antonia s’ingénie à justifier la brutale grossesse de Margherita. Marie-Christine Orry (Antonia) conduit l’histoire tambour battant mais, Agathe Molière, tel le clown blanc, (Margherita), si elle ne prononce pas trois mots, est un pilier invisible de la pièce. Comme souvent, Dario Fo rend ici un bel hommage aux femmes.

La mise en scène malicieuse de Jacques Nichet est en phase parfaite avec l’auteur dont l’esprit frondeur emprunte toujours le masque de l’innocente bouffonnerie pour évoquer une actualité sociale d’une grande gravité. Masque, lazzi, la commedia dell’arte n’est pas loin, brillamment évoquée par la scénographie étonnante de Pierre Heydorff qui contribue au tempo endiablé de la pièce.


Faut pas payer, mise en scène Jacques Nichet, avec Pierre Baux, Jean-Jacques Duquesnoy, Stéphane Facco, Agathe Molière, Marie-Christine Orry, Dominique Parent et les musiciens Fabrice Dang van Nhan, Laurent Guitton, Malik Richeux, jusqu’au 26 mai au théâtre Nanterre-Amandiers. Tél. 01 46 14 70 00.

www.nanterre-amandiers.com

Photos : Marc Ginot

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1 Message

  • Faut pas payer de Dario Fo 7 septembre 19:56, par Marinette ALLIOUX

    Bonjour,

    J’ai vu cette pièce au Théâtre du Nord à Lille lors de sa tournée et j’en ai de tellement bons souvenirs que j’aimerais énormément la revoir. Savez-vous où je peux trouver l’enregistrement vidéo ?

    Un grand merci pour votre réponse.

    Marinette

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