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Critiques / Théâtre

Faust d’après J. W. Goethe

par Jean Chollet

Diablerie obscure

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Le metteur en scène quinquagénaire lituanien, Eimuntas Nekrosius,
compte depuis plusieurs années parmi les personnalités marquantes du théâtre européen. Il s’est fait connaître du public français avec ses créations de Pirosmani, Pirosmani, évocation visionnaire de l’univers du peintre géorgien Niko Pirosmanishvili (1862 – 1918), en 1992, puis avec un Hamlet, interprété par le rockeur lituanien Andrius Mamontova, en 1998 au Festival d’Avignon. Directeur du Studio – Théâtre Meno Fortas (Force de l’art) qu’il a fondé à Vilnius en 1998 ; il signe aussi des mises en scène pour le théâtre et l’opéra hors de son pays –notamment en Italie – dont certaines ont été distinguées par différents prix européens. On attendait donc sa dernière création avec curiosité et intérêt. Force est de constater que cette réalisation théâtrale inspirée par l’œuvre de Goethe, Faust, ne répond pas totalement à cette attente. Divisée en trois parties, l’histoire du professeur vieillissant vendant son âme au diable pour atteindre la connaissance absolue et obtenir la jeunesse éternelle, se perd fréquemment dans un ésotérisme parfois déjà présent dans l’œuvre, mais dont l’accentuation apparaît superflue. Même si l’auteur considérait que son Faust contribuait à “ obscurcir l’esprit de l’homme ”, à quoi bon multiplier les signes et les symboles si leur lisibilité ne délivre pas de sens. Cela pourtant se produit fréquemment au cours d’une représentation qui présente par ailleurs quelques attraits. Comme la capacité de Nekrosius –déjà révélée par le passé – à instaurer un climat scénique envoûtant qui oscille - avec des moyens simples - entre réalisme poétique et rêve tournant ici au cauchemar. Au cœur d’une scénographie surtout constituée de cônes métalliques, à la fois gouffres et tanières (Marius Nekrosius), sous des lumières raffinées (Dziugas Vakrinas), naissent des images d’une belle intensité théâtrale. Notamment lors de la présence des esprits qui accompagnent le diable et hantent Faust, ou celle des paysans au milieu de la forêt hostile à Marguerite abandonnée et fuyant avec son enfant. Mais cela ne suffit pas à sensibiliser le spectateur sur les interrogations, les thèmes et les enjeux de ce monument de la littérature. Autour de l’excellent Vladas Bagondas (Faust) et de Elzbieta Latenaite (singulière Marguerite - Gretchen), Salvijus Trepulis est un Méphistophélès caricatural sans nuances. Malgré l’énergie déployée, l’ensemble de l’interprétation – qui s’appuie surtout sur une gestuelle étudiée – laisse parfois perplexe et l’omniprésence de la musique (Faustas Laténas) ne contribue guère à la perception du spectacle.

Faust, d’après Johann Wolfgang Goethe, mise en scène Eimuntas Nekrosius, en lituanien surtitré, avec Vladas Bagdonas, Salvijus Trepulis, Elzbieta Latenaite, Povilas Budrys, Vaidas Vilius, Margarita Ziemelyte, Kestutis Jaksas, Diane Gancevskaite, Viaceslas Lukjanov, Migle Polikeviciute, Anna Pukelyte, Viktorija Streica . Scénographie Nadezda Gultiajeva, costumes Nadezda Gultiajeva, lumière Dziugas Vakrina, musique Faustas Laténias. Odéon – Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier, jusqu’au 6 juin 2009. Durée 3 h 50.

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