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Critiques / Théâtre

Fantasio d’Alfred de Musset

par Corinne Denailles

Un Fantasio peu fantasque

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Le théâtre de Musset est communément réputé trop littéraire pour être convenablement représenté, ce qui n’est pas toujours justifié. Certaines pièces telles que Les Caprices de Marianne ou On ne badine pas avec l’amour ont connu de jolis succès. Fantasio, plus problématique, a franchement mauvaise réputation de ce point de vue. Récemment Stéphanie Tesson s’y était essayée sans prétention et avec un certain bonheur en mettant toute sa mise sur le caractère excessif de ce bourgeois (interprété alors par Nicolas Vaude) qui s’honore d’être criblé de dettes et qui, fuyant la police, saisit la première occasion venue de se cacher en se faisant bouffon d’un roi dans un royaume de fantaisie.
Contrairement à sa mise en scène de Cyrano, Denis Podalydès n’a pas été ici justement inspiré en établissant sa distribution ; que n’a-t-il joué le rôle lui-même ? Cécile Brune n’est d’évidence pas faite pour Fantasio ; beaucoup trop terrienne pour être à son aise dans le costume aérien de cet enfant du siècle rêveur qui porte son spleen en écharpe dans les cabarets de la ville où l’on s’enivre d’absinthe. Dès lors, c’est toute la mise en scène qui se trouve en porte-à-faux, languissante quand elle devrait pétiller, traînant un ennui qui pourrait être celui du siècle si tel était le sujet. Comme toujours chez Musset, le héros est la victime fragile et incomprise d’un monde brutal et sans poésie qui se gausse des jeunes idéalistes. Mais parce que le poète a le désespoir élégant et cabotin, la plume reste vive et alerte, fluide et musicale ; la mélancolie engendre l’ironie subtile, la dérision ludique. L’intrigue relève de la vraie comédie ; Fantasio se lie d’amitié amoureuse avec la fille (Florence Viala) du roi, un homme bon par ailleurs, qui veut la marier au prince de Mantoue pour assurer la paix militaire. En bonne fille, elle obtempère non sans signifier son sacrifice. Mais Fantasio, qui n’est pas un homme de compromission, fait fuir le prince ridicule en pêchant sa perruque sur sa tête au bout d’un hameçon. Seul Guillaume Gallienne est dans la bonne tonalité et le bon tempo. Il campe un prince de Mantoue poudré et ridicule à souhait, colérique et niais, marionnette du pouvoir sans âme qui s’agite vainement. Il est irrésistible mais ne peut porter à lui seul l’esprit de la pièce. Tout est trop joliment sage, comme un livre d’images, jusqu’à la charmante tournette imaginée par Eric Ruf. Allez tournez manège… Trop de romantisme tue le romantisme.

Fantasio d’Alfred de Musset, mise en scène Denis Podalydès, costumes Christian Lacroix, musique Grégoire Hetzel avec Cécile Brune, Christian Blanc, Claude Mathieu, Florence Viala, Guillaume Gallienne, Clément Hervieu-Léger, Adrien Gamba-Gontard. Jusqu’au 15 mars 2008 à 20h30. Durée : 1h45.

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