Du 4 au 25 juillet 2026 Festival Avignon Off, à 20h50, relâche les 8, 15 et 22 juillet, au Vieux Balancier 2, rue d’Amphoux - Avignon.
El Maestro, texte Aziz Chouaki (Editions Théatrales), regard extérieur Jacques Séchaud, musique Jean-Luc Girard, lumières Vincent Papot-Libéral. Avec Mouss Zouheyri.
Une performance de Mouss Zouheyri en hommage à Aziz Chouaki.

Aziz Chouaki a occupé une place à la fois particulière et essentielle dans le paysage théâtral de la fin des années quatre-vingt-dix jusqu’à sa mort en 2019. Né en Kabylie, fils d’une institutrice, il est à la fois écrivain, poète et guitariste de rock dans l’Algérie indépendante.
Après la parution de son premier roman Baya, il oriente parallèlement son œuvre vers le théâtre sur les conseils de Jean-Pierre Vincent. Elle s’enrichira au gré de multiples créations avec des metteurs en scène différents, jusqu’au compagnonnage avec Jean-Louis Martinelli.
Menacé, Il quitte l’Algérie en 1991 en proie à la montée de la violence islamique et à la répression sanglante du pouvoir.
« Les Oranges », publié aux éditions des Mille et une Nuits, réédité chez Théâtrales, joué pour la première fois en 1998 (mise en scène Laurent Vacher) devient un texte de référence. El Maestro est créé en 2001 dans une mise en scène de Nabil El Azan Ce second texte fait l’objet d’une mise en scène de l’auteur avec le comédien Mouss Zouheyri, en 2015.
Mouss Zouheyri est plus que l’interprète d’El Maestro, il en est l’âme, mais une âme qui est celle aussi d’Aziz Chouaki. Les deux hommes ont un parcours comparable, même si Mouss est marocain, dans la mesure où tous deux se sont fait reconnaître dans le théâtre en France sans choisir la facilité, exigeants et respectés dans leur art, en apportant ce métissage des rythmes, du phrasé et des mots entre le français et leur langue d’origine.
Pour interpréter El Maestro, il faut toute la volubilité d’une langue bien pendue mais aussi la capacité à faire naître les personnages et le cœur battant d’une ville dans un flot continu de mots. Mouss Zouheyri est face au spectateur comme un chef d’orchestre face à ses musiciens. La langue d’Aziz Chouaki tient de Céline et de Rabelais mais le creuset est autant le français littéraire que le kabyle et l’arabe des rues d’Alger, sous une forme épique, tonitruante. Aziz Chouaki avait bien intégré les leçons de Joyce qu’il admirait.
Les personnages sont savoureux et se confondent avec leurs instruments, le Maestro les interpelle, l’un après l’autre : Ahmed au banjo, Hatem à la basse, Rezki à la batterie, Aziouez au violon, Malek au synthé, Khalfa au derbouka, Dahmane à la guitare. Le chef essaie tant bien que mal de mettre un peu d’ordre dans cet orchestre indiscipliné. L’un chique, un autre renifle, un autre mange et le guitariste est toujours occupé à faire autre chose, comme réparer sa voiture.
Et puis les adresses aux musiciens sont l’occasion d’évoquer la vie de la cité, les étals, les parfums, le port et le mouvements des pêcheurs, la tchatche, les histoires de familles… El Maestro ,ce n’est par un seul homme, c’est la vie de toute une ville qui palpite jusqu’à l’histoire d’un pays qui fait intrusion sur scène.
Magnifique performance-hommage de Mouss Zouheyri à un auteur frère qui mélangea le rock, le jazz, la musique traditionnelle savante ou populaire dans une partition pleine de bruit et de fureur (on a droit aussi à Macbeth dans le texte). Laissez-vous emporter dans ce torrent, vous ne regretterez pas l’expérience.
El Maestro, texte Aziz Chouaki (Editions Théatrales), regard extérieur Jacques Séchaud, musique Jean-Luc Girard, lumières Vincent Papot-Libéral. Avec Mouss Zouheyri. Du 4 au 25 juillet 2026 Festival Avignon Off, à 20h50, relâche les 8, 15 et 22 juillet, au Vieux Balancier 2, rue d’Amphoux - Avignon.
Crédit photo : Soraya Rams.



