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Critiques / Théâtre

Divino amore d’Alfredo Arias

par Corinne Denailles

Tendrement irrévérencieux

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Outre les Peines de cœur d’une chatte anglaise, puis française (Molière du meilleur spectacle), Alfredo Arias a largement contribué à faire connaître son compatriote argentin Copi dans les années 1970, relayé aujourd’hui par Marcial di Fonzo Bo, neveu de Facundo Bo, co-fondateur avec Arias du groupe TSE. Une grande famille que ces Argentins de Paris qui nous régalent souvent de spectacles exubérants et baroques qui jouent à cache-cache avec la mort et le sexe. Arias invente son propre univers dans des spectacles plus personnels, inspirés de ses souvenirs, qui mêlent théâtre et musique, proche de la revue de music-hall. L’extraordinaire Mortadela (Molière du meilleur spectacle musical) était une plongée dans le Buenos Aires de son enfance haute en couleurs.

Avec Divino amore, on est encore dans cette veine d’inspiration autobiographique. Arias, avec la complicité de René de Ceccaty, fait revivre des souvenirs de l’Italie des années 1960-1970. Années troublées riches en événements qui préludaient de grands bouleversements en Italie et en Europe. Une période charnière qui a vu la naissance d’un cinéma italien de légende, la révolution de 1968 et le succès d’un répertoire de chansons qui dépassera les frontières.

Baroque et joyeusement kitsch

Arias entend ici rendre hommage au petit théâtre romain d’Origlia Palmi où les spectateurs ne se gênaient pas pour s’exprimer, les acteurs pour riposter et braquer un projecteur sur le premier rire mal venu. Marilu Marini mène le spectacle en costume de bonne sœur, robe noire bien joliment moulante et cornette blanche aussi géante que les perruques choucroutes démesurées, chefs-d’oeuvre à part entière, dont sont affublées les extravagantes et talentueuses chanteuses (Sandra Guida et Alejandra Radano). Le rideau noir à paillettes s’ouvre sur une scénographie formidablement kitsch qui nous transporte dans le palais oriental d’Hérode (Antonio Interlandi qui est aussi le prophète vêtu de peaux de bête et un jeune moine). Les paravents s’y transforment en castelet pour Guignol et les palmiers, le nain de jardin et les dromadaires s’associent pour assurer l’ambiance.

Divino amore
Alfredo Arias avec les comédiens
crédit photo : philippe Delacroix

Salomé offre à son beau-père Hérode, qui la poursuit de ses regards lubriques, une danse des sept voiles à sa manière ; puis, elle tombe amoureuse du Prophète qui chante une chanson d’amour destinée à Dieu et qu’elle prend pour elle. Ailleurs, dans un autre temps théâtral, la comédienne Bruna (Marilu Marini) explique très sérieusement que le théâtre est petit et que, depuis toujours, guerres, incendies et manifestations ouvrières se passent en coulisses. Elle raconte aussi très simplement que ses ovaires la destinaient à la tragédie mais que la rencontre avec son mari l’a fait passer de la tragédie au mélodrame ; il jouait si bien Dieu que le public tombait à genoux et que ses ovaires ne criaient plus : ils priaient… Arias peut se permettre toutes les provocations car il n’y a jamais de vulgarité dans son regard.

Hommage

Le spectacle est placé sous le signe du théâtre et de l’amour, de l’illusion, du rêve, du mensonge et de la transformation. Jusqu’à la fille de Bruna, Celestina, qui revient d’Amérique changée, intimement transformée. Le final en apothéose parodie le music-hall américain. Mais, derrière les paillettes et les corps de rêve, on devine une foule d’êtres à la dérive, marginaux, exclus d’une société à formater des poupées Barbie. Face à ce désastre américain, se dresse le petit théâtre d’Origlia Palmi où de doux rêveurs vivent à côté du monde sans même s’en apercevoir et jouissent d’une liberté naïve qui leur autorise toutes les folies. Arias nous offre un hommage à une époque et au théâtre sous le signe de la légèreté, de la tendresse et de la nostalgie, donc très drôle car l’humour est chevillé au corps de ses créations festives.

Divino Amore, livret Alfredo Arias et René de Ceccatty, mise en scène Alfredo Arias avec Sandra Guida, Antonio Interlandi, Marilu Marini, Alejandra Radano. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 31 décembre, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h30. Durée du spectacle 1h25. Tél. 01 44 95 98 21.

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