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Critiques / Danse

Deux grandes dames au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris

par Yves Bourgade

Birgit Cullberg ( Mademoiselle Julie) , Agnès de Mille (Fall River legend

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Le Ballet de l’Opéra de Paris au fil des ans enrichit son répertoire de chorégraphies qui ont fait leurs preuves et témoignent de l’évolution au XXéme siècle de la danse en Occident : cet hiver ce sont Mademoiselle Julie de la Suédoise Birgit Cullberg (1908-1999), composition qui entre au répertoire et Fall River Legend de l’Américaine Agnès de Mille (1905-1993) qui l’y a précédée en 1996.

Ces deux chorégraphies racontant des histoires de femmes ont été signées par deux femmes à peu près à la même époque, 1950 pour la première et 1958 pour la seconde. Les trajectoires de ces deux créatrices sont différentes, mais elles ont en commun d’être pour leur époque des pionnières qui sans rompre totalement avec la tradition se montrent soucieuse d’exprimer de façons nouvelles une tension dramatique. Par leurs démarches, elles ont contribué à asseoir ce qu’on appelle la danse moderne occidentale (européenne et américaine).

Brigitte Lefèvre, directrice de la danse à l’Opéra de Paris à laquelle on doit cette affiche, est d’ailleurs convaincue que « présenter aujourd’hui ces deux ballets témoigne de leur importance et de leur rôle dans l’histoire de la danse ».

La formation complète reçue désormais par les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris à leur Ecole leur permet de les aborder sans problème. L’occasion est également fournie aux authentiques personnalités de la compagnie de s’affirmer, la technique devant être mis au service de l’expression. Les quinze représentations prévues verront alterner étoiles, espoirs et quelques grands anciens. Pour le spectateur, c’est une occasion unique de mieux faire connaissance avec les danseurs confrontés à des rôles majeurs ou à des caractères de deuxième plan qui ne doivent pas être négligés.

« Mademoiselle Julie », qui relève de la danse–théâtre, tire son argument de la pièce éponyme librement adaptée du dramaturge suédois August Strindberg sur une musique du Suédois Ture Rangström, un élève de Hans Pfitzner. C’est un grand drame psychologique et érotique. L’héroine est une jeune aristocrate qui refuse les obligations de sa caste, se donne à un valet lors d’une fête villageoise et envisage de s’enfuir avec lui et les bijoux de la famille. L’évocation de ses ancêtres l’amène à regretter son geste et à se suicider.
Vocabulaire académique pour dépeindre la passion de l’héroïne et langage moderne utilisé pour rendre l’atmosphère rustique des divertissements villageois, sont juxtaposés dans ce ballet. Birgit Cullberg y démontre qu’elle a parfaitement digéré ce qu’elle a appris dans les années 30 chez l’expressionniste allemand Kurt Jooss (l’homme de « La Table verte ») notamment sa façon de croquer un personnage et plus tard de la danse moderne américaine.

Dès sa création, Mademoiselle Julie est un succès, d’abord en Suède où la chorégraphe est projetée sur le devant de la scène. L’œuvre a été remontée 37 fois (38 fois avec la production de l’Opéra de Paris) et donnée près de 1400 fois.

Fall River Legend est inspiré par un fait divers tragique de 1892 : une certaine Lizzie Borden est accusée du meurtre de son père et de sa belle-mère à Fall River dans le Massachussets. Agnès de Mille, pour raconter son histoire dont elle change la fin, utilise le procédé du flash-back au cinéma. Elle revient en arrière pour expliquer la psychologie de l’héroïne, l’accusée, que l’on découvre d’abord lors de son procès et condamnée à mort, puis dans son enfance heureuse, souffre-douleur de sa belle-mère après le décès de sa mère et dans l’attente sereine de l’exécution de la sentence. Ce qui rend poignant ce scénario dansé sur une musique stylisant des airs populaires du folklore américain de l’américain Morton Gould, c’est la façon dont la chorégraphe rend par la danse (l’influence de Martha Graham est nette), le climat d’étouffement et l’étroitesse de la société puritaine, les contradictions de l’héroïne angoissée, dans un décor de charpente en bois stylisé sur fond rouge comme un reflet d’incendie.

Mademoiselle Julie , chorégraphie Birgit Cullberg, musique Ture Rangström, décors et costumes Sven X : Et Erixson.
Fall River Legend , chorégraphie Agnès de Mille, musique Morton Gould ; décors et costumes Oliver Smith et Miles White.
Ballet de l’Opéra de Paris. Jusqu’au 13 mars Durée 1H40.

Photos Mademoiselle Julie , Fall River Legend ©Anne Deniau.

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