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Critiques / Théâtre

Détails de Lars Norén

par Corinne Denailles

Comme ci, comme ça

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Le tandem formé par l’écrivain suédois Lars Norén et Jean-Louis Martinelli, metteur en scène et directeur du théâtre Nanterre-Amandiers est maintenant connu pour la qualité et la singularité de leur collaboration. A chaque nouvelle création, on évoque l’inoubliable Catégorie 3-1, auquel on peut ajouter le non moins admirable Kliniken. Détails porte tous les signes extérieurs d’une nouvelle réussite avec une belle distribution, une scénographie toujours très chic et néanmoins pertinente, sur 2 niveaux, espaces privé et public. Pourtant on reste un peu sur sa faim, excepté quelques moments forts, car le texte, s’il intéresse n’a pas la puissance des pièces précédentes, ni dans la forme ni dans le propos. Et ce n’est pas seulement parce que la manière en est toute différente, beaucoup plus impressionniste puisque le propos est de montrer que ce sont les détails qui nous révèlent le mieux (ne dit-on pas que Dieu est dans les détails).
L’auteur expose son point de vue sur le couple, non en détail mais par une accumulation de détails dans une succession de séquences courtes (short cuts dit-on depuis Altman) sur dix ans qui tendent à démontrer l’inanité de tout projet de vie à deux. Pour Norén, le couple est voué à l’échec, à la stérilité, à la névrose et aux conflits, aveuglé par l’illusion d’un bonheur possible. C’est sans appel et totalement déprimant. L’écrivain revendique la dimension autobiographique de la pièce. Le douloureux épisode de schizophrénie qu’il a traversé resurgit d’ailleurs à travers le personnage d’Emma, magnifiquement interprété par Sophie Rodrigues. Emma est au début une jeune fille qui se rêve écrivain et tombe amoureuse d’Erik (Stéphane Freiss), l’éditeur auquel elle a porté son manuscrit mais il faut compter avec Stefan (Eric Caruso), romancier, dramaturge, un peu clone de Noren et copain d’Erik et aussi avec Ann (Marianne Basler), la femme d’Erik qui cherche désespérément à garder son mari. Peu à peu, elle se déglingue, perd le contrôle et finit en hôpital psychiatrique avec Stefan qui ne va pas très fort et chantonne « comment ça va, comme ci, comme ça… ».

On préfère Norén quand il explore les conditions de vie des exclus de la société ou l’univers des hôpitaux psychiatriques vus de l’intérieur. Peut-être parce qu’elle est très directement autobiographique, la pièce ne dépasse pas le vaudeville version bobo intellochic. Dommage car, de la mise en scène aux comédiens remarquables en passant par la scénographie impeccable de Gilles Taschet, on pouvait espérer un spectacle plus percutant et plus profond.

Détails de Lars Norén, mise en scène Jean-Louis Martinelli, avec Marianne Basler, Eric Caruso, Stéphane Freiss, Sophie Rodrigues, au théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 7 février. Tél : 01 46 14 70 00. Durée : 2h15.
www.nanterre-amandiers.com

crédits : Pascal Victor
photo 1 : Stéphane Freiss et Sophie Rodrigues
Photo 2 : Marianne Basler et Eric Caruso

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