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Critiques / Opéra & Classique

Der Freischütz

par Charles Rosenbaum

Le romantisme fantastique

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Après la tétralogie du Ring de Wagner, l’Opéra Royal de Liège ausculte les origines du lyrisme romantique allemand avec la production d’un nouveau Freischütz de Carl Maria von Weber. Transposition réussie de la guerre de trente ans, à l’entre-deux-guerres (1914-1939) et excellente direction d’orchestre : le spectacle qui s’est achevé le 26 mars méritait le détour. Richard Wagner vénérait Carl Maria von Weber. Et il avait toutes les raisons de le faire. Son glorieux prédécesseur, en effet, ne lui avait-il pas ouvert toutes grandes les portes du romantisme allemand et même, prétendent certains musicologues, l’opéra romantique en général. Pour le Freischütz (franc tireur), Weber utilisa un des éléments-clé du romantisme : le fantastique, tout comme son cousin par alliance Mozart, notamment, dans Zauberflöte.

Entre fraîcheur mozartienne et ambiances terrifiantes

Pour sa part, Berlioz ne tarissait pas d’éloges sur un art de l’instrumentation très novateur et sur l’appui d’une grande richesse mélodique. La réussite de l’œuvre résulte donc d’un juste équilibre entre la fraîcheur mozartienne, notamment des voix féminines, et la palette de couleurs orchestrales au service d’ambiances terrifiantes comme la fameuse scène de la Gorge aux loups. Le sujet du Freischütz est tiré de vieilles légendes germaniques. On le retrouve pendant la Guerre de 30 ans, dans la grande forêt de Bohème. D’où l’importance de la chasse, Max doit réussir son épreuve de tir pour épouser Agathe, la fille du grand forestier, Kuno. Mais Max rate ses cibles. Kaspar, un rival très malfaisant, lui propose des balles franches, chanceuses, dont la septième revient à Samiel, le chasseur noir, autrement dit le Diable. Agathe est mise en garde par un pieux ermite Sa cousine, Ànnchen, tente de la rassurer. Max, Kaspar, Samiel se retrouvent dans la Gorge aux loups, l’antre où l’on fond les balles franches. Devant le Prince Ottokar, Max manque de munitions et doit utiliser la 7e balle. Il blesse à mort Kaspar ; Agathe blessée, survit. Max doit payer sa dette à Samiel, mais sera gracié par le Prince qui autorisera le mariage après un an de sursis.

Un lupanar avec filles très olé, olé

Le metteur en scène anversois, Guy Joosten a opté pour une vision plus « sociale » que fantastique en donnant notamment une meilleure place aux femmes. Samiel, rôle parlé, est interprété tenu par une femme fatale, et la Gorge aux loups est devenu un lupanar avec filles très olé, olé. Côté voix, la distribution est de bon niveau : Nancy Weissbach fut une bien belle et bonne Agathe. On se souvient d’elle en Brünnehilde dans la production du Crépuscule des Dieux de ce même Opéra de Liège, rôle dont elle avait relevé le défi au pied levé. Anja Van Engeland (Ännchen), Patrick Raftery (Max), Jaco Huijpen (Kaspar) n’avaient rien à envier à leurs collègues internationaux.

Freischütz, de Carl Maria von Weber, orchestre et chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; direction musicale : Friedrich PLEYER ; mise en scène : Guy JOOSTEN ; décors : Johannes LEIACKER ; costumes : Jorge JARA ; avec : Agnes KRAUTWURST, rôle parlé et Patrick RAFTERY, ténor, Jaco HUIJPEN, basse, Léonard GRAUS, basse, Wojtek SMILEK, basse, Guy GABELLE, baryton Bernhard SPINGLER, baryton. Théâtre Royal de Liège (Belgique), du 18 au 26 mars 2005
Coproduction : Oper Leipzig / Opéra National de Montpellier / Opéra Royal de Wallonie.

Photo : Jacky Crozier

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