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De Paris à Nice, en passant par Toulouse et Bordeaux

par Yves Bourgade

Une fin d’année 2015 sur les pointes

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La danse dite « contemporaine » est toujours particulièrement vivante en France. Elle se renouvelle même. Le hip hop lui a notamment apporté un sang neuf. Ce qui n’empêche pas la vitalité de la danse classique, comme l’illustrent les programmes de fin d’année 2015 de quatre importantes maisons d’opéra et leurs compagnies de ballet : en tête l’Opéra national de Paris ainsi que le Capitole de Toulouse, l’Opéra national de Bordeaux et l’Opéra de Nice.

Le rayonnement de l’Opéra de Paris et de son Ballet, continuateur de la plus que tricentenaire Académie royale de musique et de danse, reste tel que les compagnies de danse des Opéras de Bordeaux et de Nice ainsi que celle du Capitole de Toulouse, ont pour responsables trois « anciens » de la troupe parisienne, deux anciennes étoiles Charles Jude (à Bordeaux) et Kader Belarbi (à Toulouse) et l’ancien premier danseur Eric Vu-An (à Nice).

Ces « anciens », formés à l’École de danse de l’Opéra de Paris, ne se contentent pas de perpétuer l’enseignement de la tradition académique de l’école française, ils s’attachent également à le traduire dans l’interprétation, voire la relecture de pièces majeures du répertoire de la danse occidentale qu’ils remontent.
Ainsi Kader Belarbi, en poste depuis 2012 à Toulouse, y règle, pour la première fois avec le Ballet du Capitole, Giselle, considéré comme le chef d’œuvre du ballet romantique français créé en 1844 sur la musique d’Adolph Adam.
Charles Jude (directeur à Bordeaux depuis 1996) reprend pour les fêtes de fin d’année sa production de La Belle au bois dormant, d’après la chorégraphie du russo-marseillais Marius Petipa sur la musique de Tchaïkovski. Sa version tire cette Belle du côté de la féérie, avec en apothéose la convocation de plusieurs personnages de contes : le petit Chaperon rouge, Peau d’âne, le Chat botté etc.
Eric Vu-An (en charge de la direction artistique du Ballet de Nice depuis 2009) reste fidèle, pour sa reprise de Coppélia sur la musique de Léo Delibes, aux origines françaises de cette œuvre en s’appuyant sur la chorégraphie de la création, en 1870, par Arthur Saint-Léon, perpétuée à l’Opéra de Paris par Albert Aveline.
Au même moment, le Ballet de l’Opéra de Paris danse sur le plateau de l’Opéra Bastille, au cours de 23 représentations de La Bayadère, le testament chorégraphique de son ancien directeur de la danse, l’étoile-chorégraphe Rudolf Noureev. Cette pièce maîtresse du répertoire russe d’après Petipa sur la musique de Minkus, créée en 1877, n’avait jamais été présentée en France dans son intégralité avant 1992. En Russie, elle s’est transmise par différentes générations de danseurs. Noureev l’a lui même dansée et a laissé un spectacle à son image, virtuose par sa danse et somptueux par ses décors et costumes, inspirés de l’ancienne Perse et d’une Inde fantasmée. Depuis la mort de Noureev en 1993, cette fête pour les yeux est reprise avec un succès non démenti et mérité pour les moments de bravoure et les mouvements d’ensemble dont le défilé fameux des Ombres.
La virtuosité et la rigueur requises par La Bayadère, les danseurs du Ballet de l’Opéra sont sensés les posséder, lorsque l’on assiste à leurs « Démonstrations » publiques de l’Ecole de danse de l’Opéra au Palais Garnier en cette fin d’année (encore le 20 décembre à 10h30 et 14h30). Le spectacle qu’offrent notamment les plus jeunes entre 9 et 13 ans face à leurs différents professeurs, est une belle leçon de discipline consentie et de transmission intelligente de la tradition. Certains de ces « petits rats » - les plus âgés - sont d’ailleurs déjà jugés dignes de danser dans La Bayadère.

Cette filiation à la tradition est revendiquée par Kader Belarbi pour Giselle, « dans le respect de la tradition, avec le regard de ce que nous sommes aujourd’hui », dit-il. Il a dansé à l’Opéra de Paris le héros masculin Albrecht dans plusieurs versions, dont la relecture contemporaine de Mats Ek. Au Capitole, Davit Galstyan interprète Albrecht face à la Giselle de Julie Charlet. Kader Belarbi dispose également d’un corps de ballet féminin virtuose que réclame particulièrement cette pièce. Je ne souhaite pas parler de reconstitution, précise-t-il, car l’écueil à éviter est le ballet-pièce de musée…Mon souhait est de créer un spectacle vivant et actuel qui s’inscrive dans le regard et le désir d’aujourd’hui ».
Ainsi a-t-il soigné dans le premier acte le contraste des conditions sociales des protagonistes (vignerons et grands seigneurs), « par opposition, indique-t-il, au monde immatériel du ballet blanc du deuxième acte qui retrouve une plus grande élévation avec le retour – comme à l’origine - des vols des Willis (ces fiancées mortes avant leurs noces ou ces « filles de l’air », comme les appelait Théophile Gautier) dont la virtuosité technique des pointes prend tous son sens ».
Thierry Bosquet signe les toiles peintes d’une forêt automnale au premier acte et d’une forêt lunaire au deuxième acte propice à suggérer un univers surnaturel.
Gageons que Charles Jude, Kader Belarbi et Eric Vu-An, qui ont grandi à l’Opéra de Paris lors du passage de Rudolf Noureev au Ballet, ont médité l’affirmation de ce dernier : « Il existe un moyen de faire vivre une chorégraphie ancienne : c’est de retrouver une motivation pour chaque mouvement ; sans cela elle ne peut avoir de vérité ».

Giselle , Capitole de Toulouse, 20, 24 et 27 décembre, 15h, 22, 23, 26 ,30 et 31 décembre, 20h, de 8,50 à 60 €, durée 1h45

La Bayadère, Opéra de Paris-Bastille, 18, 19, 21, 22, 24, 26, 28, 30, 31 décembre à 19h30, de 5 à 140€, sauf le 31 décembre, de 25 à 250 euros, durée 2h50

Coppélia, Opéra de Nice, 24 et 27 décembre 15h, 25 décembre 16h, 26, 29, 30 décembre 20h, 31 décembre 18hH, 10 à 41€, durée 2h.

La Belle au bois dormant , Opéra de Bordeaux, 18 décembre, du 20 au 23 et du 26 au 31 décembre 20h, de 8 à 55€, durée 2h45.

Photos : La Bayadère ©Little Shao/ONP, Giselle ©David Herrero

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