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Critiques / Théâtre

Danse Dehli de Ivan Viripaev

par Jean Chollet

Hôpital des âmes et des cœurs

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Déjà révélateur en langue française de ce jeune auteur russe, né en 1974 en Sibérie, avec notamment Oxygène et Genèse n° 2, le metteur en scène d’origine bulgare Galin Stoev, poursuit ce compagnonnage avec ce spectacle réunissant sept courtes pièces. Chacune d’elles ont en commun une unité thématique, de personnages et de localisation, pour aborder et triturer à travers les facettes d’une sorte de “rubicube”, les réactions suscitées face à la mort d’une manière tragi-comique.

Dans la salle d’attente d’un hôpital, sobrement matérialisé par un sol de dalles blanches avec quelques meubles et écrans, six personnages affrontent successivement une relation avec le décès d’un proche – et d’une guérison. Katia, jeune danseuse, attend des nouvelles de l’opération de sa mère avec inquiétude jusqu’à l’annonce de sa mort par une vieille femme. Survient Andreï, avec lequel Katia a eu une liaison qui la laisse insatisfaite, et dont on apprendra le suicide de sa femme un peu plus tard. Arrive Alina Pavlovna, son amie critique de danse, qui lui rappelle sa création à Dehli d’un ballet qui lui avait été inspiré par le malheur ressenti avec empathie face à la misère des habitants de la métropole indienne.

Entre les échanges avec une infirmière de service, s’engage un récit non linéaire – ce qui fait son originalité et sa modernité – qui multiple les points de vue et les réflexions sur la souffrance et la culpabilité, la maladie et la vieillesse, la complexité des rapports humains et de la mort, avec en arrière-plan une relation avec l’acte artistique évoqué à travers une danse que l’on ne verra jamais.

Une réalité finement décalée

Ces variations sont accompagnées avec pertinence et maitrise par la mise en scène de Galin Stoev, qui en exhale la saveur avec un juste équilibre entre drame et comédie teintée d’un humour grinçant. Il prend distance avec le réalisme contenu dans les situations présentées, pour trouver une tonalité poétique et un rythme adapté à l’écriture de Viripaev, dont la composition s’apparente souvent à une partition déstabilisante. Glissements temporels, articulations et cadrages des scènes, ruptures et enchainements, éclairent avec cohérence les emboitements ou superpositions des actions et des propos échangés. Dépouillée de toute charge psychologique et d’orientations appuyées, la représentation laisse ouverte les perceptions que peut en avoir chaque spectateur en fonction de sa propre appréciation et de son vécu. Elle obtient une résonance particulière dans l’interprétation épatante d’un trio féminin composé de Caroline Chaniolleau (la Femme âgée), Océane Mozas (Katia) Marie – Christine Orry (Alina Pavlona), accompagné de Fabrice Adde (Andreï), dont la vitalité et les registres naviguent entre émotion et comique, en restant toujours empreints d’une belle humanité.

Danse “ Delhi ” de Ivan Viripaev, traduction du russe Tania Moguilevskaia et Gilles Morel ( Les Solitaires intempestifs), mise en scène Galin Stoev, décor, vidéo, lumière et costumes Saskia Louward et Katrijn Beaten, avec Fabrice Adde, Caroline Chaniolleau, Océane Mozas, Marie – Christine Orry et en alternance Anna Cervinka ou Valentine Gérard. Durée 2 heures. Théâtre national de la Colline (Petit–Théâtre) jusqu’au 1er juin 2011.

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