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Critiques / Théâtre

Couteau de nuit de Nadia Xerri-L

par Jean Chollet

Victimes et coupables

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C’est le procès, en 2005, d’un jeune homme accusé d’un meurtre commis à la sortie d’un bar après une soirée trop arrosée, qui a inspiré cette nouvelle pièce de Nadia Xerri-L. Elle met en présence des personnages concernés à divers titres par un drame similaire, réunis dans une salle d’attente durant “les trois minutes ”qui précèdent l’audience de la cour d’assise. Il y a là, Alex, 26 ans, “présumé coupable”, ses parents, Frédéric, son jeune frère, Cécile, sa petite amie rencontrée en prison, Germain, le frère jumeau de la victime du même âge que l’accusé et Hélène, narratrice et témoin . Tous s’interrogent sur les circonstances qui ont entrainé ce drame, se raccrochant aux souvenirs et aux heures passées ensemble, ou évoquant les liens qui les unissent à Alex, cet “accidenté de la vie”, dont la personnalité se révèle de manière fragmentaire à travers les propos des différents protagonistes. Tous victimes, dont la vie a soudain basculé. Entre compassion et révolte, quête d’apaisement ou d’affrontement, ils sont partagés entre déni et désir de vérité pour garder espoir et tenter de se reconstruire, prenant toutefois conscience de leur responsabilité dans le cheminement qui a conduit à l’acte meurtrier. Avec, en écho, un environnement social et familial dont l’influence n’est pas sans conséquence. En parallèle, se dessine la soirée au Tropical bar où, après alcool et karaoké, s’est produite la rixe fatale dont l’issue judiciaire reste incertaine après la disparition du couteau utilisé par le meurtrier. En s’appuyant sur un fait divers, hélas d’une tragique banalité, Nadia Xerri-L n’en fait pas pour autant du théâtre documentaire, mais elle interroge, à travers sa transposition, les notions de culpabilité et de présomption d’innocence face au traitements appliqués par la société, sans moralisation ni pathos. Si son écriture haletante mériterait parfois plus de concision, sa mise en scène échappe au naturalisme et à l’illustration pour porter avec densité des questionnements liés à des enjeux d’une actualité brûlante. Ce n’est pas le moindre mérite d’une représentation dont la forme stylisée trouve un climat adapté dans la scénographie architecturée et glaciale - digne d’un prétoire - de Caroline Foulonneau.

Couteau de nuit, texte et mise en scène Nadia Xerri-L, Foulonneau, avec Raphaël Leguillon, Jean-Jacques Simonian, Virginie Volmann, Anthony Breurec, Flora Brunier, Arnaud Stéphan, Laura Wolf, scénographie Caroline Foulonneau, lumières Manuel Desfeux. Théâtre des Abbesses jusqu’au 22 novembre, tournée en décembre (TU de Nantes, Le Festin à Montluçon) et janvier 2009 (Chatenay Malabry, Aix en Provence, Evry, Brétigny, Saint-Etienne, Le Havre). Durée 1 heure 40.

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