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Critiques / Théâtre

Collaboration de Ronald Harwood

par Dominique Darzacq

Une rencontre au sommet

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Dramaturge et scénariste ( entre autre Le Pianiste de Polanski ), Ronald Harwood a une prédilection pour les histoires dans lesquelles les artistes sont confrontés aux vicissitudes de la guerre ( L’Habilleur avec Laurent Terzieff) et du nazisme . Après A tort ou à raison (avec Michel Bouquet et Pierre Brasseur) qui mettait aux prises de chef d’orchestre Wilhem Furtwängler et un officier américain, Collaboration met en scène la rencontre et l’amitié qui lia le compositeur du Chevalier à la Rose et l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, à travers la création de leur unique œuvre commune La Femme silencieuse d’après Ben Jonson.

Créée en à Dresde en 1935 l’œuvre, vouée au succès, est retirée de l’affiche deux jours après. C’est qu’elle a le grave défaut d’avoir pour librettiste un juif « désagréablement doué » comme l’aurait dit Himmler. Face à la peste brune en marche, l’attitude des deux amis s’oppose. Conscient que la violence de l’ antisémite nazi va engloutir cette Europe des cultures à laquelle il est attaché, Stefan Zweig se révolte et refuse de signer, « dans le monde tel qu’il est », un autre livret pour Richard Strauss qui s’obstine et s’emporte « si je n’ai plus de musique je meurs, je suis privé d’oxygène et de sang ». « Enfermé dans son château de rêve » comme le regrette l’écrivain, le compositeur inconscient et naïf refuse d’envisager le pire, il sera pourtant rattrapé par la réalité. Tentant d’intervenir en faveur de Zweig auprès de Goebbels, Richard Strauss reçoit pour toute réponse la visite faussement cauteleuse d’un de ses sbires qui, entre menace à peine voilée et chantage, le contraint d’accepter la présidence de la Chambre de musique du Reich.

D’une bouleversante humanité

Découpée en brèves séquences chronologiques, la pièce ouvre sur l’année 1931. Richard Strauss en panne d’inspiration, s’angoisse et vitupère contre Hofmannsthal son librettiste attitré qui a eu le mauvais goût de mourir. « Que faire ? » , « S’essuyer les pieds » lui répond Pauline , sa femme, personnage haut en couleur à qui la magnifique et subtile Christiane Cohendy donne tout son jus d’ancienne diva convertie en nounou qui protège son grand homme, autant qu’elle l’aiguillonne.

Commencée avec le brio et la brillance d’une comédie de Sacha Guitry, la pièce s’achève en 1948 par la bouleversante interrogation du compositeur lors de son procès en dénazification, « Qu’auriez-vous fait à ma place ? Mes motivations n’étaient peut-être pas pures mais elles étaient humaines » dit-il pleurant Zweig qui l’a « trahi » en choisissant de se suicider au Brésil en 1942.

Michel Aumont leste son Richard Strauss, ogre exubérant de la musique, d’une émouvante humanité, pétrie d égoïsme créateur, de contradictions, d’ élans généreux, de convictions naïves. Face à lui, Didier Sandre distille avec une infinie délicatesse un Stefan Zweig tout de lucidité exacerbée et de retenue vibrante d’angoisse et de douleur. Entourés d’une distribution à l’unisson, ils font d’une rencontre historique une rencontre au sommet.
Créée en septembre 2011, la pièce fut interrompue après quelques représentations, un des comédiens ayant été victime d’un accident de la circulation. Il est heureux que le spectacle puisse être repris, tel qu’à sa création, au Théâtre de la Madeleine dès le 25 janvier.

« Collaboration » de Ronald Harwood, mise en scène Georges Werler avec Michel Aumont, Didier Sandre, Christiane Cohendy, Stéphanie Pasquet, Patrick Payet, Eric verdin, Armand Eloi.
Théâtre de la Madeleine 1h40 tel 01 42 65 07 09

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