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Clôture de l’amour de Pascal Rambert

par Jean Chollet

Déchirante fin de partie

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Ils entrent dans ce qui ressemble à une salle de répétition d’un théâtre ou d’un centre culturel sous les lumières froides des néons. Ils se nomment Stan et Audrey, comme leurs interprètes. Sans précisions particulières, ce sont des artistes qui travaillent ensemble. Ils se sont aimés et vont se livrer à une saisissante scène de rupture. C’est lui qui prend l’initiative : « Je voulais te voir pour te dire que ça s‘arrête/ça va pas continuer/on va pas continuer/ça va s’arrêter là. » Il s’engage alors dans un monologue haletant et ininterrompu de près d’une heure, égrenant ses griefs et ses reproches, son désir d’absolu, ses autojustifications parfois troubles, puis évoque son avenir ailleurs sans elle, avec le besoin d’envoyer des missiles destructeurs à celle qu’il a aimée. « Je vais te dire quelque chose d’horrible Audrey mais ta poitrine et ton regard n’allument plus rien en moi/plus rien/je suis désolé c’est fini Audrey/c’est fini. ».

Face à lui, ployant sous cette entreprise de démolition de ses sentiments autant que d’elle-même, Audrey, longtemps immobile et stoïque, traduit progressivement dans ses postures et ses retenues le choc des coups encaissés. La répétition d’une chorale d’enfants interprétant Happe (de Bashung et Fauque) vient interrompre un bref moment cette première manche dévastatrice à sens unique.

Pour la seconde reprise de ce combat les positions s’inversent. C’est au tour d’Audrey de prendre la parole à l’emplacement où se tenait Stan. On pouvait l’imaginer anéantie, elle répond avec l’énergie d’une bête blessée aux attaques dont elle a été victime : « Regarde-moi please/comment rendre compte de ce que je viens de recevoir/avaler peut-être/ce n’est pas possible/peut-être ne le faut-il pas/peut-être il faut suivre ta technique/celle de l’attaque Stan/oui celle de l’attaque/ta malheureuse tactique de l’attaque ». Alors, elle se lâche à son tour, sans masquer ses blessures, rendant coup pour coup avec une précision diabolique, en évacuant son statut de victime. Les rôles s’inversent.

Stan à l’écoute, faiblit, encaisse, souffre en silence et fléchit, sans susciter d’élan ou de compassion. « relève-toi/il faut nous séparer/je t’ai aimé connard comme je t’ai aimé ….. c’est fini/j’espère que tu as une vie intérieure ». Une page se tourne, la vie doit continuer en quittant ce champ de ruine. Après un affrontement dont nul ne sort vainqueur.

Pascal Rambert a écrit ce texte rythmé et saccadé spécialement pour ses deux interprètes, Stanislas Nordey et Audrey Bonnet. Ils sont magnifiques et rayonnants d’intensité, d’humanité et de précision, chacun dans leur registre, portant des mots cruels et impudiques, qui semblent issus du plus profond d’eux-mêmes en traversant leurs corps. Sans pathos, mais avec quelques pointes d’humour ravageur, la représentation fascine et bouleverse. Une des réussites du festival d’Avignon 2011.

Clôture de l’amour, texte, conception, réalisation, Pascal Rambert (Edition Les Solitaires intempestifs) avec Audrey Bonnet et Stanislas Nordey. Scénographie Daniel Jeanneteau, lumière Pascal Rambert et Jean-François Besnard. Durée : 2 heures. Théâtre de Gennevilliers (92) du 30 septembre au 22 octobre 2011. tel : 01 41 32 26 26
www.theatre2gennevilliers.com

A Genève, du 4 au 6 novembre au Théâtre Grütli.

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