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Critiques / Théâtre

Chemise propre et souliers vernis de Jean-Pierre Bodin

par Corinne Denailles

La petite musique de Jean-Pierre Bodin

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Non content d’être un conteur dans l’âme, Jean-Pierre Bodin écrit lui-même ses histoires qu’il tricote au petit point. On l’imagine choisissant ses mots et ses couleurs avec minutie, avançant à pas menus dans le tissage du tableau. Parti d’un détail si ténu qu’il ne dit rien de l’ensemble, il avance comme le peintre de fresques qui a l’œil rivé sur le motif. C’est dans cette posture qu’il met le spectateur qui voit, au fil du spectacle, se déployer et s’animer une scène de genre pittoresque et haute en couleurs. On fait d’abord connaissance avec Jeannot et son accordéon de légende, le véritable héros du spectacle, pour se retrouver sur le parquet de bal de la salle des fêtes où un mariage bat son plein. La scène est croquée à merveille, vue du point de vue des musiciens ; à l’instar de Maupassant, Bodin sait que c’est l’art des détails et de leur mise en scène qui rend le récit savoureux. Cette manière de procéder est sa marque de fabrique, inaugurée avec l’inoubliable Banquet de la Sainte-Cécile dans lequel il narrait les aventures de l’harmonie municipale de son village de Chauvigny dans la Vienne et qui fête sa 900e représentation. De Maupassant justement, il a le goût de ces histoires qu’on dit parfois un peu péjorativement de la France profonde et qui disent ’universalité du genre humain mais rien d’ironique dans le ton, juste un sourire de complicité, d’humanité. L’exercice est délicat, surtout pas une charge critique, mais pas davantage un éloge appuyé, une chronique des gens ordinaires comme un instantané un peu jauni.

Un regard d’humanité

Sur la scène façon salle des fêtes, avec guirlande lumineuse multicolore et colonne de spots, un trio de musiciens style baloche, Eric Proud (accordéon, guitare, claviers), Bertrand Péquèriau (percussions), Bruno Texier (instruments à vent), accompagne Jean-Pierre Bodin, queue de pie, chaussures vernis et nœud papillon blanc défait. Les musiciens ont le geste et le sourire las ; Bruno Texier envoie de temps en temps une chanson bien sirupeuse qu’il interprète avec pénétration tout en laissant entendre qu’il pense à autre chose. Evidemment depuis le temps, on peut le comprendre. Et pourtant ils adorent leur métier, mais l’usure de la répétition, on n’y peut rien. Et le conteur, tranquillement, impassible, la voix extrêmement posée, presque monocorde, fait entendre la petite musique des mots qui nous entraîne dans le brouhaha de la fête, ses beuveries, ses bagarres, ses anecdotes croustillantes. De temps à autre, il saisit à son tour le saxophone, chante une petite chanson, et relance sa caméra intérieure sur l’écran de notre imagination. C’est sans prétention mais ciselé de belle manière. Un regard d’humanité tendre et amusé, et un éloge de la musique populaire comme lien entre les hommes.

Chemise propre et souliers vernis de et par Jean-Pierre Bodin avec Eric Proud, Bertrand Pèquèriau, Bruno Texier. Au théâtre Artistic Athévains jusqu’au 8 février 2009. Tél. 01 43 56 38 32. Mardi à 20h ; mercredi et jeudi à 19h ; vendredi et samedi à 20h30 ; matinée samedi et dimanche à 16H. Durée : 1h30.

crédits photo : Olivier Ouadah

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