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Cécile Backès, le bonheur du partage

par Michel Strulovici

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Sur le fronton de la Comédie de Béthune pourrait s’inscrire en lettres d’or : « Partager, quel bonheur ! » Pour Cécile Backès, la directrice du CDN depuis quatre ans, la formule est vécue comme un impératif catégorique, une ligne de conduite.

Cécile Backès, philosophe, actrice (élève d’Antoine Vitez), metteuse en scène en de nombreux lieux, d’Epinal à Avignon, productrice à France Culture, écrivaine et associée à Charles Tordjman à la direction du CDN de Nancy, exprime son talent depuis quatre ans à Béthune et ses alentours, dans l’ex-bassin minier.
Elle y entame son deuxième mandat. « Le premier mandat, c’est celui de la dépose du projet. C’est comme une répétition générale. Maintenant nous inscrivons nos projets dans la réalité ». Le « nous » renvoyant au collectif d’artistes et à l’équipe permanente qui travaillent dans les lieux.

L’IMAGINATION COLLECTIVE

Le collectif a été pour Cécile Backès un choix initial, dès sa nomination ; « il intervient sur la conception des projets comme sur leur mise en œuvre. » L’auteur Mariette Navarro, la comédienne et désormais metteuse en scène Noémie Rosenblatt, l’acteur Maxime Le Gall partagent ainsi l’aventure à ses côtés. « Ce besoin de travailler en collectif est né auprès de Charles Tordjman, à Nancy. Aujourd’hui les troupes n’existent quasiment plus. La logique de l’échange artistique s’est déplacée vers ces collectifs. »
Bien sûr, comme dans d’autres CDN, des jeunes compagnies « font escale » au CDN de Béthune. Soutien indispensable à leurs créations.

Cécile Backès apporte une attention particulière à la question de l’écriture. Tout comme pour son voisin Christophe Rauck au Théâtre du Nord. (voir son portrait dans webtheatre) elle occupe une place à part. Ainsi « dans ce que nous avons appelé « écritures en territoire », quatre auteurs en résidence travaillent en ce moment une nouvelle fiction revisitant L’Odyssée. Chacun d’eux, immergé au sein d’un collège d’enseignement de l’ex-bassin minier et, en dialogue avec les élèves et les enseignants, écrit un nouveau chapitre, contemporain et territorial de cette grande aventure. » Ce projet clé pour le collectif du CDN est « bien de constituer des aventures théâtrales à partir de l’imaginaire du territoire. »

UNE NÉCESSITE : LE BRASSAGE SOCIAL.

Dans le projet de Cécile Backès, « Scenic Youth » (cinquième édition) occupe une place emblématique. Il s’agit d’un prix accordé par les lycéens pour les nouvelles écritures de théâtre. L’opération rassemble deux cent cinquante élèves du département. Quatre textes sont choisis par le collectif de la Comédie en concertation avec les enseignants. Puis, de décembre à février, ils vont être travaillés, lus à haute voix, devenir objets d’échanges sur l’écriture dans les établissements. Maxime Le Gall coordonne artistiquement l’opération. À cet égard, Cécile Backès remarque : « travailler avec les établissements scolaires, c’est bien mais je me suis aperçue à mon arrivée que seuls les lycées d’enseignement général se montraient impliqués. Pour les lycées techniques et professionnels, peu ! Si, comme moi, on cherche à favoriser le brassage social, il devenait nécessaire de les inscrire comme parties prenantes. » À la fin du processus, les lycéens votent à bulletins secrets pour la remise du Prix.
Ce Prix, comme nombre de réalisations en cours, s’inscrit dans une revendication que Cécile Backès affirme avec force : « Il faut faire de l’éducation artistique populaire. Moi, je n’ai aucun problème avec cette démarche. Et, pour concerner, rassembler les divers « publics » nous proposons des projets d’action culturelle et, à chaque fois, nous nous posons la question de son inscription dans le temps, de sa pérennisation. Car si le suivi n’existe pas, cela ne sert pas à grand-chose. »
« Nous crevons de l’abandon du partenariat éducation nationale-culture. » Dans cette affirmation d’action culturelle on entend l’écho de la fameuse revendication vitezienne : « élargir le cercle des initiés ».
Car le collectif de la Comédie de Béthune ne transige pas sur la qualité des textes étudiés. « Utilisons des formes, des approches appropriées, explique Cécile Backès, par exemple, il nous est arrivé dans des lectures-ateliers de travailler Bérénice de Racine. Nous en choisissons un moment et, au-delà de la compréhension de la situation, il nous faut du temps pour aboutir à l’essentiel : apprécier la musique de la langue racinienne. »

DES ACTEURS D’ORIGINES DIVERSES

Cette nécessité de partager le bonheur de la culture, de l’élargir à toutes les catégories sociales, lui fait tenter une nouvelle expérience, à l’instar de celle menée par Arnaud Meunier au CDN de Saint Etienne.
Ils constatent que les comédiens d’aujourd’hui sont issus des mêmes milieux éduqués. De plus, l’organisation des études pour postuler à l’examen d’entrée à une École supérieure d’art dramatique suppose d’avoir le baccalauréat. Même s’il existe des possibilités dérogatoires dans certaines écoles. « Ce qui laisse de côté, dans nos métiers, les enfants de toute une partie de la société. Quand j’ai débuté comme actrice, je côtoyais sur les plateaux des fils et filles d’ouvriers, de bouchers… Ce n’est plus le cas. J’ai décidé, dès septembre prochain, d’ouvrir une classe préparatoire, en co-accréditation avec les universités d’Amiens et d’Arras, qui dispensera un enseignement intensif, théorique et pratique. Nous l’appelons le programme « Égalité des chances » et nombre d’institutions nous soutiennent »
En préalable au programme « Égalité des chances » sont prévus des stages d’une semaine, intitulés « Brûlons les planches », qui se proposent de faire découvrir les métiers du théâtre à des jeunes de 16 à 23 ans encadrés par des artistes professionnels : « Ils sont admis sur critères de ressources, résident dans la région, et tout est gratuit. Tous leurs frais sont pris en charge. Nous avons même deux jeunes migrants venus par le biais d’un centre d’accueil installé récemment à Béthune qui sont venus participer à ce stage. Depuis, ils suivent d’autres projets proposés par la Comédie. »

« Cela fait partie de notre démarche fondamentale, la transparence. Ouvrons les portes, venez voir ce que nous faisons. » propose Cécile Backès.
Et, les publics répondent présents. Ils se retrouvent dans les nombreux projets de cette ruche inventive, à Béthune ou dans les villages avoisinants, tous centrés sur l’exigence du partage exigeant et du brassage social.

Prochain spectacle à la Comédie de Béthune.
« Mémoire de fille » et « L’Autre fille » d’Annie Ernaux, mise en scène de Cécile Backès. Du13 au 17 novembre. Puis à Sartrouville les 4 et 5 décembre.

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