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Critiques / Opéra & Classique

Cavalleria Rusticana – Pagliacci de Pietro Mascagni et Ruggero Leoncavallo

par Caroline Alexander

Un doublé au mélo instable

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Programmer deux piliers du vérisme à l’italienne pourquoi pas, à condition que la production leur apporte une petite brise de fraîcheur. Ce n’est pas le cas vraiment du doublé importé du Teatro Real de Madrid qui fait entrer Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni au répertoire de l’Opéra de Paris. Le détail est intéressant puisque Pagliacci de Ruggero Leoncavallo y a déjà été monté (chanté notamment par le légendaire Jon Vickers) et que, dans la plupart des maisons d’opéra les deux œuvres sont pratiquement toujours associées.

Les voilà donc unies selon la tradition moyennant toutefois une entorse de taille : le prologue de Pagliacci est donné en ouverture de Cavalleria, privant Leoncavallo de son coup d’envoi et affublant Mascagni d’une introduction qui ne le concerne pas. Même si les deux opéras sont pratiquement contemporains, même si le thème central dans l’un comme dans l’autre tourne autour d’une affaire de cocuage – Alfio trompé par Lola, maîtresse de Turiddu chez Mascagni, Canio trompé par Nedda, maîtresse de Silvio chez Leoncavallo - cette recette incongrue pour lier la sauce des deux œuvres ne prend pas.

Après les tristes mises en scène signées Giancarlo del Monaco dans cette même salle de l’Opéra Bastille – Andrea Chénier et Francesca di Rimini : voir WT des 12 décembre 2009 et 7 février 2011 – on pouvait craindre le pire au rayon des ringardises labellisées. Surprise ! Ce n’est pas le cas. Grâce aux décors, sans originalité fracassante mais aussi sans mauvais goût, de Johannes Leiacker, grâce à la direction musicale colorée de Daniel Oren, grâce à une distribution de bonne tenue où brille l’incroyable fougue de Vladimir Galouzine, Pagliacci meurtri d’amour qui fait monter les larmes aux yeux.

Noire et blanche Sicile

Noire et blanche, la Sicile de Cavalliera Rusticana est illustrée par des blocs superposés de craie blanche pour figurer le village mangé de soleil et suggérer l’entrée de l’église où est célébrée la messe de Pâques mais qu’on ne voit pas. Tous les personnages sont vêtus de noir, les solistes tout comme le chœur en procession christique se flagellant en mémoire du martyr de Jésus un certain vendredi saint. Violetta Urmana ne maîtrise pas toujours son vibrato mais campe une belle Santuzza, Marcello Giordani, l’infidèle, a du muscle, de la puissance mais manque de style, Franck Ferrari en mari trompé, la voix grasse et la grimace à fleur de lèvres pourrait remporter la palme du ridicule. Restent, dans les rôles secondaires de Lucia et Lola, Stefania Toczyska et Nicole Piccolomini qui tirent joliment leur épingle du jeu.

Calabre de cinéma

Calabre de cinéma pour Pagliacci avec ce coup de nostalgie à Fellini à travers les photos géantes d’Anita Ekberg dans la fontaine de la Dolce Vita. Un environnement qui sied au saltimbanque Pagliacci et ses comédiens ambulants préparant leur spectacle de rue. Le rideau rouge de la caravane, les guirlandes lumineuses, c’est sans grande surprise, mais ça fonctionne. Les voix, le jeu font le reste pour que le mélo du pauvre Paillasse exhorté à rire de son malheur l’emporte sur les cœurs. En Nedda, Brigitta Kele, jeune soprano roumaine, voix fraîche et tempérament brûlant, constitue une belle découverte. Le baryton russe Sergey Murzaev passe avec force et conviction du prologue – partiellement chanté dans la salle – à Tonio le bossu amoureux. Mais c’est Galouzine, une fois de plus, qui emporte tout. Plus il prend de l’âge, plus il mûrit son jeu, son phrasé, et même si à 56 étés, le timbre a perdu un peu de son brillant, il a gagné en vaillance. Bouleversant Paillasse !

Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni – Pagliacci de Ruggero Leoncavallo. Orchestre et choeur de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren, chef de chœur Patrick Marie Aubert, mise en scène Giancarlo del Monaco, décors Johannes Leiacker, lumières Vincio Cheli. Avec, pour Cavalleria : Violetta Urmana, Marcello Giordani, Stefania Toczyska, Franck Ferrari, Nicole Piccolomini. Pour Pagliacci : Brigitta Kele, Vladimir Galouzine, Sergey Murzaev, Florian Laconi, Tassis Christoyannis .

Opéra Bastille, les 13, 17, 20, 23, 26, 28 avril, 2 & 11 mai à 19h30, le 6 mai à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

Photos Mirco Magliocca

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