Bérénice de Jean Racine
Amour face à raison d’état

Donner priorité au texte, telle est l’option choisie par Jean-René Lemoine. Résultat, un plateau dépouillé d’accessoire en dehors d’un plancher de scène marbré de noir et des éclairages parcimonieux, parmi lesquels la projection en chiffres romains des numéros de chaque acte. Pour les comédiens, même chose. Ils éviteront les oripeaux physiques ajoutés trop souvent à la tragédie depuis les influences du romantisme. Nuls trémolos dans les performances vocales mais un débit dédié à la sonorité naturelle des alexandrins en dehors de toute ostentation.
Les corps, habillés sobrement, arpenteront l’espace sans précipitation. Ils éviteront les élans corporels liés à la maitrise de la respiration à laquelle on attribue le plus souvent l’intensité de leur présence scénique. On ne se touche guère ; on ne gesticule pas à foison. Si bien que les quelques moments choisis pour des étreintes, des contacts manuels prennent une dimension quasi symbolique, se chargent d’un potentiel suggestif très dense.
L’affrontement voulu par Jean Racine entre un amour vécu avec passion et une législation stricte régissant son officialisation publique s’affirme dans son aspect implacable. Dans ce cas-ci, une clause xénophobe de rejet de toute alliance maritale avec une personne d’origine étrangère, en l’occurrence, de Judée. En cela, le sujet demeure intemporel. Surtout si on se rend compte que les confidents des personnages essentiels sont ce sont aujourd’hui les conseillers politiques qui pullulent.
L’histoire regorge de dynasties aux mariages diplomatiques manigancés par les impératifs du pouvoir. Et l’époque récente en connaît bien d’autres. De l’abdication d’Edouard VII en 1936 pour épouser une divorcée jusqu’aux péripéties des malheurs de Lady Di et au mariage de Charles III avec Camilla en passant par les mystères planant sur la mort de Marylin Monroe et sa relation tumultueuse avec le président Kennedy, saga prolongée par les unions de sa veuve sur fond de pouvoirs et d’argent.
Le parti pris de Jean-René Lemoine en insistant sur le discours davantage que sur les émotions amène les spectateurs à prendre conscience du pouvoir d’une langue. Il leur propose une perception très en corrélation avec les réalités géo-politiques actuelles. Une manière aussi de nous rappeler qu’une œuvre littéraire peut posséder des significations multiples dans la mesure où l’homme perdure en des comportements semblables de siècle en siècle.
Durée : 2h
22>25.04.2025 Théâtre du Nord (L’Idéal) Tourcoing
13-14.05.2025 Foirail Pau
Texte : Jean Racine ; Mise en scène : Jean-René Lemoine ; dramaturgie : Laure Bachelier-Mazon ; scénographie : Christophe Ouvrard ; son : Xavier Jacquot ; lumières : François Menou ; costumes : Clément Desoutter ; distribution : Marine Gramond (Bérénice), Jean-Christophe Folly (Titus), Makita Samba (Antiochus), Nicole Dogué (Phénice), Jan Hammenecker (Paulin), Marc Barbé (Arsace), Jean-René Lemoine (Rutile) ; assistanat mise en scène :David Duverseau ; production : Maison de la Culture (Amiens) ; coproduction : Théâtre National de Bretagne, Théâtre du Nord, Théâtre de Liège, TANDEM Douai-Arras, Le Trident (Cherbourg-en-Cotentin), Comédie (Béthune) ; photo © Alexis Cordesse.
Comparer : version Guy Cassiers : www.webtheatre.fr/spip.php?page=recherche&recherche=Bérénice
version Roméo Catellucci : www.webtheatre.fr/Berenice-d-apres-Racine-par-Romeo-Castellucci-avec-Isabelle-Huppert
version Muriel Mayette-Holtz https://www.webtheatre.fr/Berenice-Jean-Racine
version de Célie Pauthe www.webtheatre.fr/Berenice-de-Jean-Racine
version de Lambert Wilson Bérénice de Jean Racine



