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Critiques / Théâtre

Belles-soeurs d’après Michel Tremblay

par Corinne Denailles

Quelle maudite vie plate !

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Germaine Lauzon a réuni ses copines pour coller le million de timbres qu’elle vient de gagner dans un catalogue promotionnel dont elle recevra tous les articles proposés. Refaire sa cuisine gratis, quel rêve ! Les sœurs, les belles-sœurs, les amies sont venues, mais la jalousie au cœur. Réunir quinze bonnes femmes c’est bien sûr créer une situation explosive. De confidences en révélations, l’amabilité de façade fait place aux pires vacheries. Pourtant derrière les langues de vipère, ce sont des femmes blessées par la vie dont la seule aspiration est d’obtenir gratis tous les biens de consommation dont elles rêvent. Il y a la malheureuse en ménage, la bigote, la timide silencieusement amoureuse, la vieille dame indigne qui s’éclate en douce au club, la femme qui a mal tourné, l’adolescente enceinte, la snobinarde moralisatrice, la vieille fille frustrée et aigrie, etc. La brochette est saisissante. Ces quinze comédiennes et chanteuses ont un abattage époustouflant, un jeu expressif et incroyablement physique. Elles interprètent ces personnages désolants avec une énergie et une vitalité qui nous les font aimer et qui attendrissent quand elles se plaignent « de leur maudite vie plate ».

La pièce de Michel Tremblay, qui date de 1968, trouve une seconde vie dans cette adaptation qui en accentue les lignes. Au-delà du talent de cette équipe féminine survoltée et haute en couleurs, la réussite du spectacle tient à la force des images et de la musique, et à l’humour décapant. Costumes, perruques et maquillages métamorphosent les comédiennes. Elles sont toutes attifées de robes années 60 plus moches les unes que les autres, imprimés criards, tissus ordinaires, superbes réalisations de Mérédith Caron ; l’une a le cheveu filasse et la chaussette verdâtre définitivement tirebouchonnée, l’autre la choucroute agressive. La musique structure le spectacle qui enchaîne dialogues et chansons étroitement imbriqués. En solo ou en chœur, toutes sont des chanteuses exceptionnelles accompagnées en direct par des musiciens non moins talentueux.

La mise en scène de René Saint Cyr est d’une précision métronomique. On doit la scénographie originale à Jean Bard ; à y regarder de plus près, sa cuisine année 60 dessine les lignes d’une chaîne stéréo et derrière les parois noires translucides latérales, figurant les bafles, sont installés les musiciens. Le décor se transforme en pochette-surprise quand les portes de la rangée impressionnante de placards s’ouvrent pour découvrir des bougies rouges allumées, alors que ces dames se sont tournées religieusement vers la radio pour la prière en directe.la musique de Daniel Bélanger, parfaitement accordée à l’esprit de la pièce, a ces inflexions typiquement québécoises qu’on adore en France, tout comme on aime entendre l’accent joual.

Programmer la première représentation de ce spectacle explosif le 8 mars, journée des droits de la femme (et non la journée de la femme…) relève d’un sens de l’à propos dont on ne peut que se réjouir. Cette comédie musicale parfaitement réglée qui démontre que populaire et intelligent ne sont pas antinomiques, est un véritable hommage aux femmes.

d’après Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay ; livret, paroles et mise en scène René Richard Cyr ; musique Daniel Bélanger ; avec Édith Arvisais, Marie-Evelyne Baribeau, Sylvie Ferlatte, Kathleen Fortin, Marie-Thérèse Fortin, Maude Guérin, Michelle Labonté, Maude Laperrière, Suzanne Lemoine, Hélène Major, Christiane Proulx, Dominique Quesnel, Monique Richard, Janine Sutto, Guylaine Tremblay ; direction musicale Stéphane Aubin musiciens Stéphane Aubin, Serge Arsenault, Martin Marcotte, François Marion ; décor Jean Bard ; costumes Mérédith Caron ; éclairages Martin Labrecque Au théâtre du Rond-point jusqu’au 7 avril. Du mardi au samedi à 21h. dimanche 15h, relâche les lundis et les 22 mars , 29 mars et 5 avr. Res : 01 44 95 98 00. Durée : 1h45.
www.theatredurondpoint.com

Photo Giovanni Cittadini Cesi

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