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Critiques / Théâtre

Batailles de Roland Topor et Jean-Michel Ribes

par Corinne Denailles

quelques petits rounds et puis s’en vont

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Illustrateur, dessinateur, peintre, écrivain, cinéaste, Roland Topor était de ces artistes irrévérencieux dont nous avons toujours le plus grand besoin. Tout le monde le connaît mais sans toujours identifier ses œuvres. Se rappelle-t-on de ses affiches, de sa collaboration à Hara-Kiri ? Sait-on que Polanski a réalisé Le Locataire à partir d’un de ses livres ? On se souvient peut-être plus récemment d’Un hiver sous la table avec Isabelle Carré et Dominique Pinon. Son amicale complicité avec Jean-Michel Ribes n’est pas vraiment étonnante ; ces deux-là étaient faits pour s’entendre. Ils ont commis ensemble Merci Bernard, des sketches pour la télévision, et entre autres, ce Batailles, écrit et créé en 1983.
N’allez pas chercher de messages ni de logique dans ces histoires saugrenues où l’absurde pétarade gaiement. Pourtant, ces histoires de batailles en forme de duel ou de combat de boxe sont loin d’être sans queue ni tête, mais le sérieux du propos, pris dans les filets de situations cocasses, a l’élégance de se glisser partout en jouant les absents. Ne serait-ce la thématique belliqueuse, on pourrait se croire du côté de Dubillard et de ses Diablogues.
Pierre Arditi et François Berléand se livrent une bataille navale en pleine mer, réinventant la lutte des classes sur le radeau qui les a sauvés in extremis d’un naufrage, se chamaillant pour rédiger en style plus ou moins soutenu le message d’appel au secours qu’ils comptent glisser dans une bouteille. Plus tard, on les retrouve au sommet du mont Paterhorn puis dans un jardin d’une maison dans les Yvelines (mer-montagne-campagne, une contrainte d’écriture très oulipienne). L’un a piqué la femme de l’autre, mais au bout de dix ans d’un enfer quotidien, l’amant veut rendre sa maîtresse dévorante (Tonie Marshall) à son mari, qui n’en veut plus, trop content de s’en être débarrassé. Une occasion de rivaliser d’arguments de mauvaise foi, de petites mesquineries pour prendre le dessus sur l’autre. Si Berléand joue la distance sobre, Arditi ose tous les excès avec une extraordinaire virtuosité gourmande. Le premier, clown blanc mettant en valeur les mimiques, pirouettes et compositions hilarantes du second. Le duo est épatant. Tonie Marshall joue une partition plus ardue, mais elle en tire le meilleur. Le décor de Jean-Marc Stehlé, drôle, extravagant et malicieux, est à la mesure de ces variations loufoques. Le rire est une arme de combat et de résistance au conformisme et à la morosité, un aiguillon qui nous tient éveillés.

Batailles de Roland Topor et Jean-Michel Ribes, avec Pierre Arditi, François Berléand et Tonie Marshall. Au théâtre du Rond-point jusqu’au 20 avril 2008 à 21h. Durée : 1h30. Tél : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

Crédit photo : Brigitte Enguérand

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