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Critiques / Théâtre

Baby Doll de Tennessee Williams

par Corinne Denailles

C’était le Sud

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Le cinéaste Elia Kazan a largement contribué à faire connaître Tennessee Williams en portant certains de ces textes à l’écran, dont Baby Doll (avec Carroll Baker, Karl Malden et Eli Wallach). Baby Doll, expression qui appartient depuis au vocabulaire courant, est une belle jeune fille blonde, naïve et intelligente, une femme enfant d’autant plus sensuelle qu’elle a encore l’innocence de sa vertu ; ce n’est pas une Lolita (Nabokov). Tennessee Williams est le plus grand écrivain américain du Sud avec O’Neill. Ses pièces parlent de la décadence de cette région entièrement consacrée à la culture du coton, du racisme, de l’alcoolisme mais surtout, comme l’a magnifiquement montré Kazan, de la solitude des hommes. Baby Doll a perdu son père alors qu’elle avait 18 ans ; croyant assurer son avenir, il l’a mariée à un gros rustaud des environs, stipulant toutefois que le mariage ne serait consommé que lorsque la petite se sentirait prête, au plus tard le jour de son 20ème anniversaire. Mais quand la date fatidique arrive, elle ne se sent toujours pas prête, d’autant moins que l’homme s’avère brutal, alcoolique et qu’il a vendu tous les meubles de la maison pour payer ses dettes car ses affaires sont mauvaises. Pour gagner du temps, la jeune fille exige le retour de ses meubles contre sa vertu. Alors devenu fou, il va mettre le feu aux machines de son concurrent italien, cause de sa faillite.

Un couple d’enfer

Le cœur de la pièce est le huis clos torride qui va s’en suivre entre l’Italien (Xavier Gallais) et Baby Doll (Mélanie Thierry). En tête-à-tête, il cherche à lui faire avouer le crime de son mari et elle offre une résistance modérée à ses assauts, les deux sont troublés par une attirance réciproque. Elle découvre ses premiers émois dans une situation conflictuelle qui fait monter la pression d’un cran. Mélany Thierry, qu’on avait découverte dans Le vieux Juif blonde d’Amanda Sthers, et Xavier Gallais forment un couple épatant qui donne le peps nécessaire à une mise en scène et une scénographie couleur locale sans grande surprise. Bel Italien séduisant intelligent, courageux et volontaire, il a le regard sombre et le sourire éclatant, l’exact opposé d’Archie Lee, le mari, campé dans toute sa médiocrité par Chick Ortega (qu’on avait pu voir dans Un tramway nommé désir mis en scène par Philippe Adrien). On comprend pourquoi la jeune vierge pas effarouchée du tout tombe dans les bras de ce latin lover qui l’effraie délicieusement. La belle Mélanie Thierry joue avec subtilité de la minauderie et du fou rire nerveux sans jamais faire de son personnage une poupée Barby. Au contraire, sa Baby Doll apprend vite et ne manque ni de caractère ni de répondant. La passion qui les enflamme rejette le mari dans la solitude de sa déchéance à laquelle s’ajoute l’humiliation ; L’Italien restera toujours l’étranger et au final, nul ne sait s’il reviendra chercher Baby Doll et sa tante Rose (Monique Chaumette) dans les décombres de la maison déserte. Cette histoire d’un autre temps racontée comme un fait divers se révèle porteuse d’une vraie dimension tragique.

Baby Doll de Tennesse Williams mise en scène Benoit Lavigne, avec Mélanie Thierry, Xavier Gallais, Chick Ortega, Monique Chaumette, Théo Légitimus au Théâtre de l’Atelier du mardi au samedi à 21h, samedi à 17h30, dimanche à 16h. Tél : 01 46 06 49 24. durée:1h40.

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