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Critiques / Autres Scènes

Autochtone par le Collectif AOC

par Corinne Denailles

Etat d’urgence

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Pour leur troisième création collective le collectif AOC a fait appel à la chorégraphe belge Karin Vyncke et au musicien d’origine américaine, Jules Beckman. C’est dire si le souci de pluridisciplinarité est une des marques de fabrique de la compagnie. Sans raconter une histoire au sens strict du terme, le spectacle plonge d’emblée le spectateur dans une ambiance faite de tensions inquiètes et de violences latentes, à l’image de leur perception du monde moderne : « Dans une société qui le manipule, l’individu doit faire face à ce qu’elle lui impose. Il se sent tantôt désemparé tantôt révolté. » La musique rock underground composée par Bertrand Landhauser et Jules Beckman ne nous lâche pas une seconde, saturant l’air d’accords obsédants joués à la basse par Beckman dont les inflexions de voix, sourdes et graves distillent une agressivité dangereusement sensuelle. Costume noir, cheveux noirs gominés, un côté bellâtre mafieux, il s’annonce d’emblée comme le maître des lieux régnant sur le bas peuple couché à ses pieds qui s’anime à son gré. Sur divers modes de percussion, c’est lui qui insuffle le rythme, jusqu’au vertige. Tous les rapports sont de force et expriment la domination.

On pourrait par moments regretter une surenchère aux effets réducteurs dans l’expression de cette violence, pourtant tout en retenue. Mais les images sont fortes comme l’avalanche d’objets hétéroclites enchevêtrés aux corps des artistes, tout cela déversés pêle-mêle sur la piste, ou les corps compressés par une presse, comme des déchets, ou encore l’apparition d’une sorte d’égoutier sans visage, l’ombre de la mort rôdant dans les bas-fonds des égouts de la société. Et ces masques qui plantent une carotte au milieu de la figure à la place du nez, rappelant le dicton « du bâton et de la carotte », la bonne vieille manipulation des hommes, les uns par les autres, à moins qu’on préfère y voir l’appendice de Pinnocchio, à géométrie variable selon le degré de sincérité. Au-delà du propos et du climat électrique, si on ne rit pas souvent, on admire les performances acrobatiques exceptionnelles (trapèze, corde, portés acrobatiques, trampoline, mât chinois). Le numéro de trapèze ballant à couper le souffle de Marlène Rubinelli Giordano et Marc Pareti ; la grâce de Fanny Soriano à la corde lisse, la virtuosité et la puissance de Fabian Wixe au mât chinois, et le talent de tous les autres, Sylvain Decure, Chloé Duvauchel, Gaëtan Levêque, Fernando Melki. Un spectacle sombre et saisissant.

Autochtone par le Collectif AOC. Avec Jules Beckman, Sylvain Decure, Chloé Duvauchel, Gaëtan Levêque, Fernando Melki, Marc Pareti, Marlène Rubinelli Giordano, Fanny Soriano, Fabian Wixe Chorégraphie : Karin Vyncke. Composition musicale : Bertrand Landhauser et Jules Beckman Scénographie : Gabriel Burnod. Lumière : Emma Juliard. Costumes : Montserrat Casanova et Melinda Mouslim. à l’espace cirque d’Antony. Jusqu’au 17 avril, 20h. Durée : 1h15. Tel : 01 41 87 20 84.
www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

En tournée, du 03/06 au 06/06 2010 à Chalons en Champagne, Festival Furies, du 05/07 au 10/07 2010 à Rennes, Festival les tombées de la nuit.

© Collectif AOC/Stéphane Gaillochon

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