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Critiques / Théâtre

Au moment de la nuit de Crébillon et Jules Renard

par Gilles Costaz

La promesse de l’aube

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Chez Crébillon, tout est possible : les mœurs sont follement libres. Chez Jules Renard, tout est impossible : les mœurs sont figées dans l’esprit petit-bourgeois. Pourtant Nicolas Briançon associe ces deux auteurs et, pendant qu’il y est, efface leur temps d’origine et les situe dans le moment présent. Premier acte : une femme se croit seule, quand un homme se glisse dans sa chambre, lunettes noires sur le nez et bouteille de scotch à la main. On voit bien où il veut en venir, l’homme ne cache pas sa réputation de tombeur. En lui reprochant ses conquêtes, la femme veut le pendre au piège de ses contradictions et le freiner dans son manège, même s’il prend possession du lit en même temps qu’elle. Allongés, alités, ils parlent beaucoup : ils aiment discuter du sexe. L’étreinte n’aura peut-être pas lieu mais la palabre galante les mène jusqu’à l’aube. Deuxième acte : c’est toujours la nuit. Lui et elle sont mariés, mais pas ensemble. Ils appartiennent à deux couples différents – deux couples amis qui se voient souvent. Soudain, l’homme dit à la femme qu’elle lui plaît, qu’il la désire, qu’ils pourraient partir ensemble. La femme se prend aux mots, aux rêves, à l’appel du nouveau. Là, il n’y a pas de lit, il n’y a que la distance entre deux personnes dans un salon, qui se rapprochent en restant immobiles. A l’aube, il n’y aura eu que l’étreinte des mots, une étreinte qui sans doute n’aura pas de suite.

La réunion et la transposition de deux pièces s’avèrent judicieuses. Nicolas Briançon dessine deux idées de la conquête amoureuse tout en tendant un même fil : celui du chasseur plus grisé par sa chasse que par sa proie. Dans un même mouvement, il joue avec deux langages, l’un qui ment ouvertement, l’autre qui ment inconsciemment. Les deux acteurs, Briançon et Anne Charrier, déploient deux présences différentes, à base de rouerie pour le premier et de charme innocent pour la seconde, pour utiliser et détailler les facettes contradictoires de ces deux face à face. Dans leur art de dire les mots biseautés, ils sont aussi musicaux qu’animaux sur la crête. Quel beau nocturne orageux où têtes et corps ont leurs tempos !

Au moment de la nuit, d’après « La Nuit et le Moment » de Crébillon fils et « Le Pain de ménage » de Jules Renard, adaptation et mise en scène de Nicolas Briançon, décor de Pierre-Yves Leprince, costumes de Michel Dussarat, lumières de Gaëlle de Malglaive, avec Anne Charrier et Nicolas Briançon.

Studio des Champs-Elysées. Du mardi au samedi 20h45 et le dimanche à 16h30
Téléphone : 01 53 23 99 19. (Durée : 1h40).

© Photo Lot

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