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Au-delà de la forêt, le monde

par Corinne Denailles

Les réfugiés expliqués aux enfants

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Les auteurs, Inês Barahona et Miguel Fragata, ont choisi la forme du conte pour expliquer aux enfants ce que signifie être exilé. À partir de témoignages réels, ils ont construit une fiction dont le héros est Farid, un jeune Afghan de douze ans. En montrant la vie heureuse du petit garçon en Afghanistan, non seulement le récit prépare la tragédie de la guerre et de l’exil mais donne aussi des éléments pour comprendre plus en profondeur ce que peut signifier pour un enfant de perdre tous ses repères, de se retrouver livré à lui-même, la proie de bandits et d’escrocs dans des pays inconnus où il ne reconnaît plus rien. Quel choc la première fois qu’il voit une femme tête nue à Istanbul ou quand il découvre la mer qui manquera bien d’être son tombeau. Chez lui, la vie était soumise à la loi pachtounwali qui fixe le cadre de toute vie selon des règles strictes et indiscutables. Découvrant le monde il découvre d’autres lois et cette découverte le déstabilise. Farid devra parcourir 6 000 km pour rejoindre son frère Reza en Angleterre. Il connaîtra tous les dangers et les pires conditions de transport sans compter toutes les fois où il faut payer. Il reviendra une fois à la case départ avant de repartir à nouveau respectant injonction maternelle qui dit qu’on ne revient pas en arrière. Le récit montre concrètement les épreuves traversées, le camp de réfugiés où enfin on s’occupe de lui, horreur de la jungle de Calais, et n’oublie pas de donner les définitions de mots tels que réfugié, droit d’asile, etc. Il montre qu’une seule personne peut décider de la vie d’un réfugié, ici un agent de l’immigration, une loterie intolérable. Il a surtout le mérite d’expliciter ce drame avec une grande simplicité et beaucoup de pédagogie.
Les deux comédiennes, Emilie Caen et Anne-Elodie Sorlin, manipulent des valises, beaucoup de valises, certaines pleines de dollar, d’autres bourrées de passeport, les deux sésames du réfugié sans lesquels il est un clandestin sans ressources. L’ouverture d’une autre valise révèle la mer, ses miroitements et ses dangers, sur laquelle vogue le petit bateau de Farid qui évidemment va chavirer à cause de la surcharge. Les passagers seront sauvés par des garde-côte, comme c’est souvent le cas. Des jouets, camions, voitures, avion, pour expliquer comment Farid a été caché dans le plafond d’un taxi ou en plein vent sur la barre chauffée à blanc qui relie la cabine d’un camion à son chargement ; le chauffeur se rendant compte de son passager clandestin, le dénonce à la police.
Et puis en fond de scène, la carte où est indiqué le parcours suivi par Farid, les 6 000 km à parcourir. Rien n’est appuyé, les informations sont distillées avec tact et néanmoins grande précision au fil du récit. Dans une scène qui n’a l’air de rien, les deux jeunes femmes prennent le thé en papotant, nous renvoyant avec humour à notre petit confort futile. De la mise en scène de Inês Barahona et Miguel Fragata à la scénographie et aux jolis costumes de Maria João Castelo en passant par l’interprétation des comédiennes en et la musique de Teresa Gentil, le cadre du récit s’emploie à adoucir la rigueur du propos en l’enveloppant de couleurs chaudes sans jamais l’affadir. C’est pédagogique, émouvant et souvent drôle.

Au-delà de la forêt, le monde Avec Émilie Caen, Anne-Élodie Sorlin. Texte et mise en scène Inês Barahona, Miguel Fragata. Traduction Luís de Andrea . Musique Teresa Gentil.Scénographie Maria João Castelo. Lumière José Álvaro Correia. Costumes Maria João Castelo. Avignon, Chapelle des pénitents blancs. Durée : 50 minutes. A partir de 10 ans.

tournée
au Théâtre de la ville du 14 au 23 mars 2019

© Christophe Raynaud De Lage

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