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Critiques / Danse

Anne Teresa de Keersmaeker

par Yves Bourgade

Une flamande invitée privilégiée à Paris

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La saison prochaine, en mars 2019, la compagnie Rosas d’ Anne Teresa de Keersmaeker sera l’invitée du Ballet de l’Opéra de Paris au Palais Garnier avec la version dansée des six Concertos brandebourgeois de Bach que la chorégraphe flamande, figure de proue de la danse contemporaine belge, a imaginée.
Cette artiste née en 1960 est une invitée privilégiée en France notammment à Paris où le Théâtre de la Ville l’a soutenue dès ses débuts. En 1983 après être passée par Mudra à Bruxelles et la Tisch School of Arts de New York, elle a créé son propre ensemble Rosas qui s’installa en résidence à la Monnaie de Bruxelles en 1992 et s’ y est maintenu jusqu’en 2007.
En 1993, Rosas se produisit à Paris à l’invitation de l’Opéra. En 2017, sa directrice est conviée comme chorégraphe par le Ballet auquel elle a transmis une cinquième pièce, Drumming Live sur de la musique de Steve Reich. Entre, elle a inscrit en effet en 2015 au répertoire trois de ces chorégraphies qui sont à nouveau à l’affiche de la première compagnie de danse française au Palais Garnier, ce printemps 2018 à Garnier.
Ces trois pièces sont : Quatuor no4 , Die Grosse Fuge (La Grande Fugue) et Verklärte Nacht (La nuit transfigurée), sur respectivement des musiques de Bartok, Beethoven et Schoenberg et furent toutes créées à Bruxelles successivement en 1986, 1992 et 1995.
Ce programme témoigne de l’attirance chez Anne Teresa de Keersmaeker pour les musiques traditionnellement considérées comme d ‘un abord difficile pour la danse ou pour le grand public, avec une préférence pour les compositeurs du XXème siècle. Ainsi a-t-elle explorée depuis 1982 l’univers d’une bonne douzaine de compositeurs.
La musique écrite spécifiquement pour la danse séduit rarement la chorégraphe flamande. Il n’empêche que La nuit transfigurée de Schoenberg a souvent inspiré les chorégraphes comme elle. Le Ballet de l’Opéra de Paris a ainsi inscrit à son affiche en 1976 une version dansée signée par Roland Petit qui respecte la musicalité onirique de la partition en jouant sur la scénographie, mais qui interprète librement l’argument d’origine : « un couple transfigure par son amour un froid clair de lune hivernal ». Parmi les autres créateurs qui se sont mesurés à cette partition, figurent le Britannique Antony Tudor en 1942 et le Tchèque Jiri Kylian en 1975.

Anne Teresa Keersmaeker, selon son principe, « ne désigne pas, mais préfère suggérer ». Elle dissout le récit de La nuit transfigurée dans de multiples histoires parallèles et a fait appel pour la scénographie au peintre Gilles Aillaud qui, avec une forêt de troncs flottants, suggère un bois au clair de lune. Si les pas imaginés par la chorégraphe répondent à l’extrême raffinement de la musique, la multiplication des personnages et des couples rend toujours difficile pour le spectateur la compréhension général du ballet, en dépit de l’adhésion des danseurs de l’Opéra à cette version.
Avec la chorégraphie sur le 4ème quatuor à cordes de Bartok, interprétée par quatre danseuses au « look » de collégiennes malicieuses (corsage, petite robe et bottines noirs), Anne Teresa de Keersmaeker s’efforce de rendre sensible le potentiel de danse, « à l’unisson » que contient cette partition à la tonalité expressive contrastée et à l’architecture musicale complexe.
Pour sa Grande fugue , elle a mis en scène sept danseurs et une danseuse et imaginé un vocabulaire masculin avec une recherche de rapport au sol spécifique, des sauts suivis de chutes et de roulades.
Les solistes et les membres du corps de ballet distribués pour ce programme donnent par leur engagement l’impression d’apprécier cette incursion dans l’univers de cette chorégraphe inventive dans son rapport de la danse avec la musique.

Palais Garnier, 7 ,9, 10, 11, 12 mai 2018, 19H30 et 8 mai 2018, 14H30, durée 1h50, places de 10 à 110 €

Invitation de Rosas au Palais Garnier, 9, 12, 13, 14 mars 2019 19h30 et 10 mars 2019, 14h30, durée 2h, places de 10 à 130€ .

Photos « 4ème Quatuor », « Grande Fugue » ©Agathe Poupeney

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