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Critiques / Théâtre

Annabella de John Ford

par Gilles Costaz

Les amants incestueux

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Revoilà Dommage qu’elle soit une putain, pièce élisabéthaine écrite par John Ford peu après la mort de Shakespeare, sous le titre d’Annabella. C’est une tragédie qu’on voit de temps, mais elle fait parfois peur : elle représente, en lui donnant une grande beauté, un inceste entre une sœur et son frère jumeau. L’action se passe dans une Parme de convention, où les rivalités et les passions bouillonnent à très haut degré. Annabella finit par attendre un enfant de son frère. Elle se dépêche de chercher un mari et en trouve un. Mais une telle histoire ne peut que finir dans le sang.
Le texte de John Ford n’a pas les somptuosités lyriques d’une œuvre shakespearienne. Elle est rugueuse et populaire. Frédéric Jessua et Vincent Thépaut s’en sont emparés avec une certaine liberté, intégrant des expressions d’aujourd’hui, pour proposer une expression directe et non pas historique ou trop culturelle. La mise en scène de Jessua n’a d’ailleurs rien à voir avec le « bon goût » ! Les costumes sont hétéroclites, les maquillages virent au sanguinolent, le fond de scène est noir et couvert d’inscriptions, d’étranges objets surviennent à tout moment. Mais rien ne repose sur la facilité. Au contraire, tout a sa nécessité, son baroquisme, grave ou joyeux, sa force satirique à l’égard des puissants et du clergé. Tatiana Spivakova est une Annabella incendiaire, aux côtés de partenaires hauts en couleur, Baptiste Chabauty (le frère), Jean-Claude Bonnifait (le père), Elsa Grzeszczak, Frédéric Jessua notamment. Presque tous les interprètes jouent d’un instrument de musique et interviennent aussi sur ce registre. Un tel spectacle s’oppose à l’esthétique dépouillée et élégante, qui est aujourd’hui dominante. Il a ainsi des vertus surprenantes avec sa progression follement inventive.

Annabella (Dommage qu’elle soit une putain) de John Ford, traduction et adaptation de Frédéric Jessua et Vincent Thépaut, mise en scène de Frédéric Jessua, scénographie de Charles Chauvet, lumières de Marinette Buchy, costumes de Julie Camus, maquillage d’Elodie Martin, dramaturgie de Vincent Thépaut, avec Justine Bachelet, Elsa Grzeszczak, Tatiana Spivakova, Harison Arévalo, Jean-Claude Bonnifait, Baptise Chabauty, Frdéric Jessua, Thomas Matalou, Vincent Thépaut.

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, Paris, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 17 avril. (Durée : 1 h 50).

Photo C. Chauvet.

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