Accueil > Angels in America I & II de Tony Kushner

Critiques / Théâtre

Angels in America I & II de Tony Kushner

par Corinne Denailles

La force du désir

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Cette pièce sur le sida écrite en 1990, en pleine période reaganienne, a eu à Broadway un succès considérable et reçu de nombreuses récompenses. Brigitte Jaques l’a fait connaître en France en 1994. Elle a été l’objet d’un téléfilm américain et d’un opéra du compositeur hongrois Peter Eötvös, mis en scène par Philippe Calvario au Châtelet en 2004. Le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski s’y est intéressé parce que le sida est malheureusement toujours d’actualité mais surtout parce qu’il y a vu des résonances politiques et sociales avec son pays. Au-delà du sida et de la place des homosexuels dans une société de plus en plus corsetée par des principes moraux et un discours officiel rigide, autour de la question de la faute et du pardon, du religieux, de sa place et de son pouvoir grandissant. Cette perspective réactualise la pièce et en compense sensiblement les aspects un peu datés.

Vies de couples

On suit les destinées parallèles de deux couples. Joe et Harper, deux jeunes Mormons étouffés par le poids du religieux et de la morale. Lui n’assume pas son homosexualité vécue de manière honteuse et elle soigne sa névrose à coup de valium. Prior et Louis, deux homosexuels touchés par le sida, l’un d’une famille protestante, l’autre juive. Louis ne supportera pas la maladie de Prior et le quitte. Et puis il y a l’avocat Roy Cohn, personnage qui a existé. Amant de Joe, comme Louis le sera aussi, atteint du sida, il nie sa maladie, dit qu’il a un cancer du foie et est en plein déni de son homosexualité ; « je suis un hétérosexuel qui couche avec des hommes » dit-il.

Warlikowski ne se complaît nullement dans l’anecdotique. Sa mise en scène met à distance pathos et réalisme pour donner à voir et à entendre la solitude des êtres en mal de véritable amour. La famille et la société, castratrices et autoritaires, opposent une fin de non-recevoir aux demandes désespérées de rédemption. Il faut faire face, seul, à la maladie, à la mort, à la responsabilité de ses actes. Les acteurs portent haut leur personnage avec une intensité intérieure sans faille. La situation de crise qu’ils traversent les conduit à une réflexion vitale sur eux-mêmes, sur la société et leurs rapports aux autres, d’où il apparaît que le salut passe par le courage et l’acceptation de soi. On arrive au terme de cette aventure de six heures dans une sorte d’épuisement heureux.

Angels in America I & II, de Tony Kushner, mise en scène Krzysztof Warlikowski, avec Stanislawa Celinska, Andrzej Chyra, Magdalena Cielecka, Rafal Mackowiak, Zygmunt Malanowicz, Maja Ostaszewska, Jacek Poniedzialek, Boguslawa Schubert, Danuta Stenka, Maciej Stuhr, Tomasz Tyndyk. Au théâtre du Rond-point, du 13 au 18 mai 2008.

www.theatredurondpoint.fr

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.