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Critiques / Théâtre

Acte de Lars Noren

par Dominique Darzacq

Le silence et l’horreur

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Regardé souvent comme le digne successeur de Strindberg, le suédois Lars Noren est l’un des auteurs les plus féconds, les plus joués et dont la plume radicale ne craint pas de violer quelques interdits en faisant dire à ses personnages ce que nous n’osons même pas exprimer tout bas. Qu’il sonde les toxines qui infusent dans la cellule familiale et les mécanismes qui l’ébranlent, ou qu’il explore le monde des déclassés et les processus de déshumanisation engendrés par la guerre ou l’enfermement, il cherche, dit-il, « à rendre la matière de la vie sans l’humilier ».
Second volet d’une trilogie sur la mort, Acte qui met face à face une détenue et un médecin, s’inspire des années de plomb, plus particulièrement du cas de Ulrike Meinhof considérée comme la tête pensante de la Fraction Armée Rouge allemande plus connue sous le nom de bande à Bader. Retrouvée morte, pendue aux barreaux de sa cellule en 1976, elle avait été arrêtée en 1972. Placée dans une cellule éclairée en permanence et totalement insonorisée, elle subit la torture de ce qu’elle nomme dans une lettre « la nuit acoustique » qui entraîne des troubles de la conscience et détruit la pensée.

Un affrontement sans merci

C’est cette destruction psychique de l’enfermement et le combat pour survivre qu’évoque Lars Noren dans l’affrontement sans merci qui met aux prises un médecin venu pour une visite de routine et une prisonnière condamnée à perpétuité qui tout de suite se rebelle : « Vous pensez que j’allais oublier qui vous êtes et oublier qui je suis ». Lui, d’abord conciliant encaisse les coups, mais peu à peu la situation se renverse, derrière le médecin plane l’ombre du bourreau, sous les inoffensives santiags du praticien décontracté, on perçoit les bottes du SS. Loin d’être attendrissante, l’évocation de son fils jouant avec son train électrique, nous glace l’échine par les images des horreurs auxquelles elle nous renvoie.
Organisée comme les différentes phases d’un match, la mise en scène de Christophe Perton est parsemée de détails troublants, semeurs de doutes. Sommes- nous vraiment dans un cabinet médical ? Ne serions-nous pas plutôt dans la tête de la prisonnière qui, pour survivre au silence meurtrier, s’invente un interlocuteur dont elle varie les postures ? La question reste ouverte. Ce n’est pas le moindre mérite d’un spectacle dont l’ensemble du travail scénique, l’usage judicieux de la vidéo, les jeux de lumières, le jeu sous tension des acteurs, ne cessent de brouiller les pistes tout en s’ingéniant à rendre la vérité d’un auteur, qui, empruntant à l’hyperréalisme, transcende le réel pour en faire mieux vibrer l’humanité, le désespoir, l’horreur.

Acte de Lars Noren
Mise en scène Christophe Perton avec Vincent Garanger et Hélène Viviès.
TEP jusqu’au 7 février tel 01 43 64 80 80
21h jusqu’au 31 janvier, 19h du 1er au 7 février.

Durée : 1h 10

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