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Critiques / Théâtre

(A)pollonia

par Jean Chollet

De l’Antiquité à la Shoa

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Au cours de récents entretiens (*) le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, bien connu du public avignonnais depuis 2001 (Hamlet, Purifiés, Kroum, Angels in America), déclarait “ La prise de conscience de la vie et de l’anéantissement des juifs en Pologne, c’est pour moi le chainon manquant de l’identité actuelle d’un polonais ”. Si le lien avec ce chainon apparaît bien dans sa dernière création, il contribue à interroger plus largement l’universalité de la condition humaine dans une humanité traversée de monstruosités, d’horreurs et doutes insondables. Autour de l’histoire vraie de la famille d’ Apolonia Machczynska - Swiatek, femme polonaise tuée pour avoir caché des juifs durant la Shoa, Warlikowski établit des passerelles entre l’Holocauste et la tragédie antique. Pour se faire, il croise les fragments d’œuvres d’Euripide et d’Eschyle avec des textes d’Andersen, John Maxwell Coetzee, Hanna Krall ou Jonathan Littell, et convoque sur le plateau – outre les personnages contemporains – Iphigénie, Clytemnestre, Agamemnon, Alceste, ou encore Apollon, Héraclès et Admète. Découpée en deux parties, la représentation se compose d’une douzaine de séquences – après un prologue émouvant situé dans le ghetto de Varsovie en 1942 – dont les enchaînements, les prolongements ou les frottements ouvrent sur une réflexion dont les argumentaires peuvent susciter le débat, jusque dans la notion de sacrifice largement évoquée. Mais si le foisonnement du spectacle et les références parfois elliptiques peuvent dérouter, Warlikowski appuie là où ça fait mal et fait preuve de sa fascinante maîtrise scénique. Dans le vaste décor de Malgorzata Szczesniak, dont des éléments permettent des cadrages, la profusion d’images projetées ou captées fait choc mais permet de plonger au cœur de l’intime, en accompagnement de l’interprétation intense des quatorze comédiens et avec les chants de Renate Jett.

Première publication 28 juillet 2009

* Théâtre écorché Krzysztof Warlikowski, Actes Sud

(A)pollonia d’après des textes d’Eschyle, Hans Christian Andersen, Andrzej Czajkowski, John Maxwell Coetzee, Euripide, Hanna Krall, Jonathan Little, Marcin Swietlicki, Rabindranath Tagore. Mise en scène Krzysztof Warlikowski, dramaturgie Piotr Gruszczynski, avec Andrzej Chyra, Magdalena Cielecka, Ewa Dalkowska, Wojciech Kalarus, Marek Kalita, Zygmunt Malanowicz, Adam Nawojczyk, Monica Niemczyk, Jacek Poniedzialek, Magdalena Poplawska, Anna Radwan-Gancarczyk, Danuta Stenka, Maciej Stuhr, Tomaz Tyndyk et Renate Jett (chansons et voix), scénographie et costumes Malgorzata Szczesniak, lumière Felice Ross.
Durée : 4 heures 30. Théâtre national de Chaillot – Paris (du 6 au 12.11) Théâtre Royal de la Monnaie – Bruxelles (du 4 au 6.12), Théâtre Stary – Cracovie (14 et 15.12), Comédie de Genève (du 12 au 15.01.2010)

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