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Critiques / Théâtre

A floresta que anda de Christiane Jatahy

par Corinne Denailles

Une proposition artistique radicale

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La prophétie des sorcières prend Macbeth au piège de ses propres hallucinations : « Macbeth ne sera pas vaincu jusqu’au jour où la grande forêt de Birnam gravissant Dunsinane marchera contre lui. » La forêt qui marche c’est l’armée ennemie dissimulée derrière des branchages qui avance sur le château et annonce la fin de Macbeth en employant le camouflage que lui-même utilisait pour accomplir ses crimes. Renversement du Bien et du Mal, thématique au centre de la trilogie imaginée par la Brésilienne Christiane Jatahy qui réunit trois pièces inspirées respectivement de Mademoiselle Julie de Strindberg, des Trois Sœurs de Tchékhov et de Macbeth de Shakespeare dans lesquelles elle pose la question du pouvoir et des modalités pour changer le monde.
Ce dernier volet est d’une facture très radicale, intéressante mais dont la complexité nuit au projet et n’a pas la force et la lisibilité de la proposition précédente inspirée des Trois sœurs (What if they went to Moscow, voir webtheatre). Le spectacle conjugue installation, video, théâtre, participation du public, fiction et images documentaires. Dans un grand espace, quatre écrans diffusent des images qui traitent de pouvoir, de corruption, de torture, de misère, d’immigration, des conditions des réfugiés, des favelas du Brésil, etc. Au fond, un bar où l’on peut consommer. Les spectateurs déambulent sans bien comprendre de quoi il retourne au point que certains groupes bavardent comme au café sans vraiment s’intéresser à l’environnement. Ça et là un micro événement mené avec la complicité du public. Et puis dans la deuxième partie les choses se mettent en place avec des références de plus en plus précises à Macbeth, avec la projection des images filmées dans le public dans la première partie, technique habituelle de Christiane Jatahy moins efficace ici que dans le précédent spectacle. L’étonnante comédienne Julia Bernat est toujours au centre du dispositif. La metteur en scène nous perd dans un labyrinthe formel, un puzzle déroutant qui se conclue sur toujours la même interrogation : comment changer le monde ? Un travail original, engagé, intelligent, d’une certaine virtuosité formelle mais qui au final laisse dubitatif, voire indifférent.

A floresta que anda de Christiane Jatahy, d’après Macbeth de William Shakespeare, avec Julia Bernat. Film : Christiane Jatahy et Paulo Camacho, création et direction live : Christiane Jatahy ; camera live et photographie : Paulo Camacho ; conception décor : Christiane Jatahy et Marcelo Lipiani ; direction artistique et création décor : Marcelo Lipiani ; création son et composition : Estevão Case. Au Cent quatre à 19h30 et 21h. Durée : 55 minutes. Résa : 01 53 35 50 00.

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