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A Bussang le Théâtre du Peuple fête ses 120 ans

par Dominique Darzacq

Une utopie durable

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Créé en 1895 par l’écrivain journaliste, Maurice Pottecher (1867-1960), ami de Jules Renard, Romain Rolland et Firmin Gémier, le Théâtre du Peuple de Bussang est le véritable berceau du Théâtre Populaire tel que l’ont rêvé non seulement Gémier, mais aussi Jean Vilar et d’autres. Avec au fronton de sa nef de bois « Par l’art, pour l’humanité » il énonce tout ce qui plus tard irriguera l’idée d’éducation populaire, et reste unique en son genre aussi bien par sa longévité que par la tradition qui s’y perpétue sans faillir depuis sa naissance dans un pré, sur des tréteaux de fortune adossés à la montagne vosgienne. Notamment celle qui veut que se mêlent sur le même plateau, professionnels et amateurs.

Conforté dans l’idée qu’un « théâtre par et pour le peuple » est possible, après le succès de la pièce de Molière Le Médecin malgré lui qu’il avait montée en 1892, avec ses amis et les villageois sur la place de Bussang où il retrouve chaque été sa famille, Maurice Pottecher, peu en phase avec le théâtre qui se pratique à Paris qu’il trouve figé, décide trois ans plus tard de renouveler l’expérience, en écrivant lui-même une pièce sur mesure pour Bussang, Le Diable marchand de goutte drame tricoté des légendes locales et de la réalité de la vie paysanne. Cette fois encore, il fait appel à ses amis, à sa famille et aux habitants du village. Le spectacle rassemble dans « la clairière aux abeilles » 2000 spectateurs. Dès lors et jusqu’en 1955, il écrira chaque été une pièce pour Bussang et au fil des ans augmentera le nombre de représentations et morceau par morceau construira le magnifique vaisseau de bois et de rêves dont les portes de fond de scène s’ouvrent rituellement sur la forêt, histoire d’assainir l’art au contact de la nature. « Le désir me vint donc de créer un théâtre qui fût accessible à tous, au peuple entier sans exclusive de caste ni de fortune, et qui pût intéresser tous ceux, d’esprit même divers, qu’il réunirait sur ses gradins ». Un aveu dont les germes ont de toute évidence, ensemencé l’esprit de la décentralisation forgée dans l’après-guerre, celui d’un théâtre d’art tout à la fois festif et civique.

C’est en héritier de cette décentralisation-là que Vincent Goethals qui « n’a jamais pu concevoir de création en dehors de la pensée d’un territoire et de ses publics », a pris la direction du Théâtre du Peuple en 2012. Dès son arrivée, il a voulu placer son action créatrice sous le signe d’un pays et de la commande faite à un auteur francophone contemporain. C’est en association avec le français Laurent Gaudé, le belge Stanislas Cotton et la québécoise Carole Frechette que Vincent Goethals a développé les activités du Théâtre du Peuple et amplifié son ancrage au-delà de la Région par des tournées de petites formes, telle Le Roi Bohême de Stanislas Cotton une fantaisie poétique striée de douleurs, que l’on peut voir actuellement au Lucernaire à Paris. (Voir l’article de Corinne Denailles http://webtheatre.fr/Le-Roi-boheme-de-Stephane-Cotton)

Cette saison, il aborde son deuxième mandat en revisitant les grands classiques. Mais si, proximité des frontières oblige, le programme regarde du côté de l’Allemagne, il n’était pas question de souffler les 120 bougies du Théâtre du Peuple sans mettre à l’affiche une création portée par l’écriture du père fondateur. Ce sera Un d’eux nommé Jean pièce librement adaptée de textes de Maurice Pottecher et de lettres de son fils mort lors de la guerre 14-18. Cette création pour deux acteurs et une violoncelliste, programmée à 11h45, est l’occasion de tester un nouveau créneau horaire. Deux autres spectacles sont proposés à l’heure de l’apéro, Récital à deux sous un pot-pourri d’airs d’opéra et de chansons populaires, et pour les enfants, Contes sauvages , spectacle pour marionnettes, acteurs et musiciens autour de contes traditionnels allemands.

C’est avec le grand spectacle du soir, L’Opéra de quat ’sous de Brecht et Kurt Weill que se concrétisera de façon plus visible le travail poursuivit toute l’année avec les amateurs puisque cette plongée dans les bas-fonds de Soho, où brigands et bourgeois exploitent et prospèrent, réunira sur la scène six acteurs professionnels, treize acteurs amateurs et trois musiciens.
Plutôt que de sacrifier à l’esthétique « alléchante mais trop folklorique des années 30 », Vincent Goethals a préféré s’inspirer de la stylisation et de la violence exacerbée du film de Stanley Kubrick Orange mécanique qui lui semble plus à même de donner une résonance actuelle aux propos de Brecht qui nous dit là, très précisément, « que l’homme est un loup pour l’homme ».

Pour renouer avec les grands classiques, ce sera Intrigue et amour de Schiller, dans une mise en scène d’Yves Beaunesne pour qui, sur la trame d’une histoire d’amour entre une jeune fille de condition modeste et un jeune homme bien mieux né, Schiller tisse une intrigue digne des meilleurs polars, pour se livrer à une charge explicite contre la corruption politique et l’injustice sociale. Le metteur en scène entend dans ce cri du jeune dramaturge allemand de 24 ans, un écho de « ces printemps portés par une jeunesse en révolte contre l’absolutisme ».

Si toute la programmation est placée sous le signe d’un hommage à Maurice Pottecher, un week-end marqué par toute une série de manifestations, colloques, lectures de ses pièces, lui sera consacré (du 24 au 26 juillet). Clos par un bal populaire, il s’ouvrira par la présentation de l’ouvrage, Théâtre du Peuple de Bussang, 120 ans d’histoire publié chez Actes-Sud. Une histoire qui ne s’écrivit pas sans avatars et aléas, et où l’on croise Pierre Richard-Willm, qui mit sa gloire de vedette de cinéma au service du Théâtre du Peuple qu’il dirigea de longues années aux côtés de Maurice Pottecher. Richement illustré, l’ouvrage expose les enjeux est à l’œuvre au Théâtre du Peuple, et nous démontre comment il a su vieillir sans prendre de rides, s’adapter à la dramaturgie contemporaine sans déroger aux principes qui le fondent. Raison pour laquelle sans doute, un séjour à Bussang reste un moment à la fois unique et festif.

Théâtre du Peuple - Estivales 2015 du 11 juillet au 23 août
Tel 03 29 61 50 48

Photos vue extérieure © Eric Legrand, Un d’eux nommé Jean ©J.Jacques Utz

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