Jusqu’au 28 juin, du jeudi au samedi 21h, dimanche 16h30, Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie, route du champ-de-manœuvre, 75012, Paris. Tél :01 48 08 39 74, www.epeedebois.com
7 minutes (comité d’usine), de Stefano Massini, traduction Pietro Pizzuti, (éditions de l’Arche), mise en scène Olivier Mellor, musique Séverin Toskano Jeanniard.
Lutte sociale façon polar.

La pièce de Stefano Massini, ourdie comme un polar, n’est pas inconnue puis qu’elle avait été déjà montée par Maëlle Poésy avec la troupe du Français il y a trois ans au Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis. Il est vrai qu’elle procure des émotions comme un bon film, onze femmes vont pendant une heure trente débattre de l’acceptation d’une proposition de la nouvelle direction de leur usine, celle d’abandonner sept minutes sur les quinze de leur pause journalière. Une petite concession pour un grand débat et un enjeu de dignité sociale.
Peu d’œuvres abordent avec autant de clarté la question sociale et les rapports entre salariés et direction. Stefano Massini s’était inspiré du conflit au sein de l’entreprise lyonnaise de lingerie féminine Lejaby qui dé-localisa sa production vers le Maghreb dans les années 2010. Des dizaines d’ouvrières occupèrent le siège social de l’entreprise et arrachèrent un accord de compensation face aux licenciements massifs prévus.
Dans 7 minutes, la situation est moins rude, plus insidieuse, il s’agit tout simplement pour les onze représentantes des deux cents ouvrières de l’entreprise de confection Picard & Roche d’accepter une proposition patronale qui semble presque inespérée.
En tout cas, elle paraît de prime abord, heureuse cette proposition aux dix représentantes alors que l’une d’entre elles, Blanche, qui est restée enfermée quatre heures avec les nouveaux dirigeants, est taraudée par le doute. Sept minutes par jour sacrifiées et les deux cents ouvrières conservent emploi et salaire, c’est presque une aubaine ! Et peu à peu le doute va l’emporter, ces sept minutes vont devenir le symbole de la soumission au diktat patronal.
Les arguments des unes et des autres sont présentés comme autant de controverses, de joutes verbales entre des femmes au caractère bien trempé, emportées, drôles parfois. Apparaissent les craintes, les attentes et les impatiences de chacune d’elles : différence de génération, de positionnement dans l’entreprise (ouvrière ou employée), d’origine (les locales et celles venues de loin).
Les onze femmes se jaugent et se mesurent comme dans autant de duels. On peut adhérer ou rejeter le discours de l’une, comprendre l’autre, s’agacer des envolées de pasionaria de Blanche. On vit le compte à rebours en direct car le comité doit rendre sa réponse en fin de représentation. Et tout ça, comme et mieux qu’au cinéma, accompagné par un jazz musclé, où un sax be pop répond à des effets electro, joués par quatre musiciens derrière un mur de scène composé de cartons d’emballage.
Olivier Mellor voit 7 minutes comme le pendant féminin de l’Etabli qu’il avait adapté du récit de Robert Linhart. C’est d’ailleurs Danièle, la sœur de Robert Linhart, qui lui avait parlé de la pièce de Massini. On peut sourire tant ce monde de solidarité est aujourd’hui vu comme d’un autre temps, voir même vilipendé par les idéologues trumpiens. Mais il n’est pas trop tard pour se dire qu’il pourrait renaître et avec lui le retour à la discussion vive, à la dialectique, à la recherche de l’émancipation dans la dignité et la solidarité, même si le tissu productif et les formes du travail ont changé. C’est le mérite de cette pièce, rappeler que rien n’est désespéré et que l’esprit critique doit plus que jamais être en éveil.
7 minutes (comité d’usine), de Stefano Massini, traduction Pietro Pizzuti, (éditions de l’Arche), mise en scène Olivier Mellor, musique Séverin Toskano Jeanniard, musiciens et scénographes François Decayeux, Sévenin Toskano Jeanniard, Olivier Mellor, Louis Noble, avec Laure Boggio, Delphine Chatelin, Marie-Béatrice Dardenne, Valérie Decobert, Karine Dedeurwaerder, Aurélie Longuein, Valentine Loquet, Sophie Matel, Elsie Mencaraglia, Emmanuelle Monteil, Fanny Soler. Jusqu’au 28 juin, du jeudi au samedi 21h, dimanche 16h30, Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie, route du champ-de-manœuvre, 75012, Paris. Tél :01 48 08 39 74, www.epeedebois.com
Crédit photo : Alexandre Tourte.



