Tartuffe

Le retour de Molière à Grignan

Tartuffe

Pour cette édition 2009 des très attendues Fêtes Nocturnes de Grignan, Molière fait son retour avec Tartuffe, dans une mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman. Un retour mis sous le sceau du respect et de l’invention.
Tartuffe est l’histoire d’une funeste séduction, Orgon, grand bourgeois, est fasciné par la pénétration religieuse d’un dévot, le dit Tartuffe. Orgon est obnubilé par les paroles, les actes qu’il croit sincères, de cet homme jeune et si modeste, conforté dans sa nouvelle croyance par sa mère, trop heureuse de voir son fils dans la veine dévote. Orgon est sourd à toutes les contradictions : femme, fils, fille, servante sont mis au rang des jaloux .
Brigitte Jaques-Wajeman a bien compris qu’il était indispensable de jouer avec ce partenaire exceptionnel qu’est le château. La belle façade devient un élément de la maisonnée d’Orgon. Une table immense à variations multiples est le pivot de la mise en scène. La table familiale, le lieu de rencontre, est l’endroit où l’on dit beaucoup de choses en partageant le pain, en buvant le vin. Rarement on nous a fait si bien comprendre les nœuds qui unissent les personnages. Elmire, la femme d’Orgon aime son époux, elle n’est pas une jeune femme coureuse d’héritage comme Béline, le femme du Malade imaginaire. Elle est la seconde épouse d’Orgon et ses beaux enfants aiment leur belle-mère avec qui ils sont très complices. Dorine, quant à elle, est le pivot de la famille, elle est la confidente des enfants, peut-être leur nourrice. Son ancienneté lui permet d’avoir le verbe haut. Orgon se sent-il mis à part parmi cette jeunesse fêtarde et a-t-il trouvé dans le paisible Tartuffe, dont les jours semblent dédiés à la prière, un réconfort, une oreille compatissante ? Les costumes sont modernes sans que leur modernité gêne le texte, bien au contraire, Marianne n’est pas la petite jeune fille mièvre que l’on voit trop souvent et Sarah le Picard a bien du talent. Ces dernières années, Tartuffe a connu bien des avatars dans des mises en scène plus ou moins inspirées, et le rôle d’ Orgon fort mal distribué. Pierre-Stefan Montagnier compose un Orgon sous le charme, en quête d’un secours, on sent à quel point il est subjugué, il n’est pas un imbécile grugé par sa propre bêtise. Orgon n’est pas un crétin, il est, malgré lui, envoûté par Tartuffe, il éprouve un sentiment proche de l’amour. Ici, grâce à la direction d’acteurs sans faille de Brigitte Jaques-Wajeman, tout devient évident, on se prend même à redécouvrir des répliques que l’on croyait connaître. Dorine, alias Anne Girouard, est une soubrette au génie domestique bien trempé, elle tient ce rôle, le premier en réalité de la pièce avec un tempérament dévastateur. Que dire de Anne Le Guernec sinon que cette comédienne est toujours juste. Dans la fameuse scène de la table où elle doit subir les assauts de Tartuffe , elle fait passer tout son désarroi face à un mari sourd à ses appels au secours. Marc Siemiatycki joue plus que les utilités de Flipote à Monsieur Loyal, il ne nous présentera jamais la même physionomie à tel point que certains spectateurs seront déçus de ne pas voir tous les comédiens au salut. Loin de la représentation archaïque du Tartuffe bedonnant, rougeaud et sentant fort l’eau bénite groupie, Thibault Perrenoud a un physique à remplir les églises, mais surtout dans son jeu, il sait à quelques intonations nous faire entendre la vipère qui siège dans son cœur. Lorsque l’imposteur se révèle pour ce qu’il est, une canaille de la pire espèce. Il est très touchant de voir la famille faire front commun, et la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman a bien soulignée tout cela. Grâce à des effets spéciaux très réussis, nous assistons à la chute de la façade comme la chute des illusions d’Orgon et la mise en péril des siens par son aveuglement. Tout simplement remarquable, plus qu’un bon spectacle, une leçon réjouissante.

Tartuffe de Molière
mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman,
avec, Thibault Perrenoud, Pierre-Stefan Montagnier, Anne Le Guernec, Anne Girouard, Pascal Bekkar, Sophie Daull, Bertrand Suarez-Pazos, Marc Siemiatycki, Sarah le Picard, Marc Arnaud
Château de Grignan Fêtes nocturnes jusqu’au 22 Août 2009
Tél : 04 75 91 83 65

A propos de l'auteur
Marie-Laure Atinault
Marie-Laure Atinault

Le début de sa vie fut compliqué ! Son vrai nom est Cosette, et son enfance ne fut pas facile ! Les Thénardier ne lui firent grâce de rien, théâtre, cinéma, musée, château. Un dur apprentissage. Une fois libérée à la majorité, elle se consacra aux...

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