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Critiques / Théâtre

Soudain l’été dernier de Tennessee Williams

par Corinne Denailles

Thriller psychologique

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Ecrite en 1958 la pièce avait fait l’objet d’un film (1960) réalisé par Mankiewicz avec Elizabeth Taylor et Audrey Hepburn que Tennessee Williams n’aimait pas. Depuis, la pièce n’a pas connu le succès théâtral de Un tramway nommé désir (porté aussi au cinéma par Elia Kazan avec Vivien Leigh et Marlon Brando, 1951) ou de La Chatte sur un toit brûlant (film de Richard Brooks avec Elizabeth Taylor et Paul Newman, 1958). On y retrouve les thèmes de la sexualité, de la folie et des relations familiales.

La très bourgeoise veuve Mrs Violette Venable, arrogante et pathétique Luce Mouchel, ne se remet pas de la mort brutale de son fils et en fait porter la responsabilité à Catherine Holly qu’elle déteste assez pour intriguer auprès d’un psychiatre afin de faire lobotomiser (comme le fut la sœur de l’auteur) la jeune fille qu’elle fait passer pour folle, et se débarrasser du récit effrayant qu’elle a fait de la mort de Sébastien. On comprendra que madame et son fils entretenaient des relations quasi incestueuses, qu’elle couvait son dieu, son poète, son amour et sillonnait le monde avec lui tel un vrai couple. Elle ne veut rien voir de l’homosexualité de Sébastien qu’elle préfère en pur esprit. Or, l’été précédent, pour la première fois, Sébastien n’a pas voulu l’emmener en Espagne à Cabeza del lobo (tête de loup, comme on se jette dans la gueule dudit)) et a demandé à Catherine de l’accompagner. Comme Catherine le révèlera, Sébastien se servait de sa mère comme appât pour attirer les homosexuels et, l’été dernier, elle était devenue trop vieille.

Selon les indications de l’auteur dans une longue didascalie initiale, Stéphane Braunschweig (pour sa première mise en scène comme directeur de l’Odéon, il a délaissé ses auteurs de prédilection nordiques) a campé un jardin très exotique, luxuriant et inquiétant, qui était celui de Sébastien, jardin d’Eden où va se jouer la tragédie du Bien et du Mal.
Le docteur Cukrowicz, seul être censé et bienveillant interprété avec sobriété par Jean-Baptiste Anoumon, doute de la parole de Violette et entreprend de donner un sérum de vérité à Catherine qui ne démordra pas de sa version sauvage de l’histoire du décès de Sébastien. La jeune fille se débat contre la venimeuse Violette qui a juré la perte de celle qui lui a pris son fils définitivement, et contre sa propre mère (Virginie Colemyn, mielleuse à souhait) et son lâche de frère (Glenn Marausse), êtres veules uniquement soucieux de leurs intérêts personnels. Dès le début la pièce est tendue vers l’ultime monologue de Catherine que joue une Marie Rémond fragile, enfiévrée, come hallucinée, habitée par son souvenir traumatisant dont on ne sait s’il est réalité ou fantasme. Menée comme un thriller psychologique, la pièce, un peu datée, s’achèvera sur une ambiguïté irrésolue.

Soudain l’été dernier de Tennessee Williams, traduction, Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier ; mise en scène et scénographie, Stéphane Braunschweig ; costumes, Alexandre de Dardel ; lumières, Marion Hewlett ; avec Jean-Baptiste Anoupn, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïana Et Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel, Marie Rémond. Au théâtre de l’Odéon jusqu’au 14 avril à 20h. Durée : 1h35.

©Elisabeth Carecchio

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