Accueil > Schumann-Ciocarlie : l’aventure continue

Critiques / Opéra & Classique

Schumann-Ciocarlie : l’aventure continue

par Christian Wasselin

A l’hôtel de Béhague, Dana Ciocarlie poursuit sans fléchir son enregistrement en public de l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Schumann.

Partager l'article :

LE SPLENDIDE hôtel de Béhague est le siège de l’ambassade de Roumanie à Paris. Mais pour accéder à la Salle byzantine, artistement délabrée comme peut l’être le Théâtre des Bouffes du Nord, il faut emprunter un escalier tournant muni d’une main courante formée d’une corde maintenue par des figurines fantastiques. Est-ce un fait exprès ? La lumière est rare et celui qui emprunte l’escalier voit sa silhouette reflétée sur le mur ; encore un peu on se croirait monter chez le comte Dracula.

Mais une fois dans la salle, tout change : une scène, des chaises, un public. Ce soir, Dana Ciorcalie donne le douzième concert du cycle qu’elle a conçu pour enregistrer l’intégrale de l’œuvre de Schumann destinée au piano seul (pour la marque La dolce vita), dont nous avons déjà suivi quelques étapes.

Au programme, cette fois, deux cycles de pièces brèves rassemblées en recueil, comme les affectionnait Schumann. Les Impromptus sur un thème de Clara Wieck, d’abord. Schumann expose la basse, cite le thème de Clara, puis le prend et le reprend, rêveusement, fiévreusement, toujours passionnément. On a l’impression qu’il craint que Clara devenue musique lui échappe, tout en lui chuchotant mille confidences à l’oreille.

Poignets voltigeurs

Puis vient le temps des Phantasiestücke op. 12 : un titre emprunté à E.T.A. Hoffmann, bien sûr intraduisible. Faut-il dire pièces de fantaisie ? fragments fantastiques ? Au doux et miraculeux « Des Abends » (Au soir) succèdent l’élan contrarié de « Aufschwung » (Essor) puis l’affolement de « In der Nacht » (Dans la nuit) qui rappelle, en moins galbé toutefois, l’extraordinaire « Intermezzo » du Carnaval de Vienne. On trouve aussi dans ce cycle des pages proches de Mendelssohn (le crépitant « Fabel », le tournoyant « Traumes Wirren »), et toujours ce mélange de prières et de révoltes, cette manière de sauter d’une humeur à l’autre comme on se jette dans le vide.

Les poignets d’Eusebius et de Florestan sont mis à rude épreuve dans cette musique, mais Dana Ciocarlie a longuement mûri son Schumann. Elle l’aborde sans complexe, avec un mélange d’engagement physique et de concentration qui ouvre des horizons insoupçonnés. Surtout, elle fait assaut de nuances et arrive à domestiquer l’acoustique pourtant peu favorable du lieu. La voix lointaine de Clara s’y fait entendre avec la même présence que le chant douloureux du musicien.

Schumann est un monde, l’enregistrer reste une aventure : on rappellera que cette ambitieuse et prometteuse initiative discographique de Dana Ciocarlie comprend également un financement participatif. *

photographie : Dana Ciocalie (dr)

* Association Dana Ciocarlie, 14, rue Drevet, 75018 Paris (www.danaciocarlie.com).

Schumann : Impromptus sur un thème de Clara Wieck, Phantasiestücke op. 12.
Dana Ciocarlie, piano. Salle byzantine de l’hôtel de Béhague, 18 novembre.
Prochain concert : jeudi 19 novembre (Phantasiestücke op. 111, Davidsbündlertänze).

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.