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Critiques / Théâtre

Mme Klein de Nicholas Wright

par Corinne Denailles

Une grande figure de la psychanalyse pour enfants sous son mauvais profil

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La psychanalyste Mélanie Klein fut une femme exceptionnelle à plusieurs titres ; pionnière de la psychanalyse pour enfants (titre de son ouvrage paru en 1934), elle a osé contester certains aspects des théories de Freud alors qu’elle était autodidacte et femme dans les années 1930. Elle a eu l’intuition du chemin qui conduirait au monde fantasmatique de l’enfant, à sa « jungle primitive », afin de l’aider à dénouer angoisses et autres traumatismes inconscients. Elle occupe toujours aujourd’hui une place majeure dans le paysage psychanalytique. Mais ce n’est pas le sujet de la pièce écrite par le britannique d’origine sud-africaine, Nicholas Wright. Wright ne s’intéresse qu’à la femme et pour ne montrer que les aspects pathologiques de sa personnalité ; mauvaise mère qui prenait ses enfants comme terrain d’expériences, une sorte de Médée qui tue ses petits, dépressive, paranoïaque, avide de pouvoir. A partir d’un événement réel, la mort accidentelle de son fils dans les Carpates, l’écrivain imagine la relation conflictuelle avec sa fille qui tentera de lui faire croire qu’il s’est suicidé et qu’elle en serait responsable. Entre les deux, Paula, jeune psychanalyste, fascinée par Mélanie Klein, arrivera à ses fins ; elle prendra la place de la fille et sera la patiente de Mélanie Klein.

D’une écriture assez sèche, la pièce met en musique ce trio infernal où chacune joue sa peau. Un monde de femmes d’où les hommes sont absents ; trois femmes juives qui ont dû quitter Budapest ou Berlin envahies par la peste brune. Trois femmes savantes dont la pièce ne met jamais en valeur ni le courage ni la science, seulement les capacités de la mère à écraser sa fille Melitta (Melitta : petite Mélanie…), qui, elle, a fait des études de médecine, la violence de la fille contre sa mère ou les manœuvres insidieuses de Paula pour tirer son épingle du jeu. Il n’y a pas de sujet tabou mais il y a des sujets délicats qui nécessitent quelques préventions. Saupoudrer quelques éléments des théories de la psychanalyste (sentiment de culpabilité, mauvaise et bonne mère, dépression, etc) ne suffit pas à montrer la portée de son travail que le public n’est pas supposé connaître. Il est à craindre que le point de vue univoque de la pièce ne fasse grand tort à la psychanalyse qui n’en a guère besoin.

Cependant, d’un point de vue strictement théâtral, la mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman (reprise d’un spectacle créé en 1993 au théâtre de la Commune) est de qualité. Dans le chic décor naturaliste d’Emmanuel Peduzzi (hautes tentures sombres, canapé rouge profond, table de travail, bibliothèque, etc, tous les éléments d’un intérieur bourgeois, avec en avant-scène, les jouets en bois, instruments de travail) où les lumières de Nicolas Faucheux ménagent des zones d’ombres propices aux fantasmes, la tragédie, fidèle à la règle classique, se déroule en un lieu au cours d’une seule nuit au terme de laquelle la fille rompra avec la mère, la mère reprendra le contrôle d’elle-même et Paula entamera son analyse. Les tenues (Peduzzi) et coiffures des trois comédiennes sont élégantes, parfaitement datées. Marie-Armelle Deguy est impressionnante dans le rôle de Mélanie Klein, élancée, nerveuse, d’une grande classe extérieure mais habitée par des démons intérieurs, un peu guindée pour mieux se contenir ; maîtresse femme à l’ego surdimensionné qui ,d’une inflexion de voix plie son entourage à sa volonté dans une relation de maître à esclave, mais aussi femme fragile, brisée, parfois au bord de la folie qu’elle parviendra à maîtriser. En face, Melitta, qui choisira comme psychanalyste le pire ennemi de sa mère, est interprétée par Clémentine Verdier avec rage et douleur. Entre les deux, Sarah Le Picard est parfaite dans le rôle de la discrète Paula, enfin celle qui joue la discrétion et la subordination pour parvenir à ses fins en partie peu glorieuses. Les dialogues sont vifs et parfois drôles (quand les blagues ne relèvent pas de « privates jokes » psy), mais malgré le talent des comédiennes et la qualité de la mise en scène, la pièce dresse un portrait de Mélanie Klein par le petit bout de la lorgnette et flirte dangereusement avec la caricature ; au final, on n’en comprend pas vraiment l’intention.

Mme Klein de Nicholas Wright, traduction François Regnault. Mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman. Scénographie et costumes, Emmanuel Peduuzi ; lumières, Nicolas Faucheux. Au théâtre de la ville, Les Abbesses, jusqu’au 20 octobre 2017 à 20h30. Durée : 2h. Résa : 01.42.74.22.77.
www.theatredelaville-paris.com

photo Pascal Gély

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