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Michael Lonsdale

par Gilles Costaz

L’humour destructeur et l’amour de Dieu

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Michael Lonsdale est mort à Paris, le 21 septembre, âgé de 89 ans. Aucun doute : un très grand acteur, une grande figure moderne vient de nous quitter. Physiquement, il ressemblait à tout le monde (du moins jusqu’à ce que la vie lui sculpte un visage d’errant mystique). Artistiquement, il ne ressemblait à personne. Sa carrière est magnifique : il n’a cessé de tourner au cinéma ; sur scène, il a le plus souvent incarné les avant-gardes de son temps ; de plus en plus habité par la foi, il a déambulé tel un pèlerin pour jouer des pièces religieuses dans de cryptes et de petites salles (comme le Poche-Montparnasse où il faisait encore entendre Péguy et des récits de Noël il y a an).
En fait, il n’appartenait à aucune religion sauf la religion chrétienne. Il a illustré au plus haut le théâtre post-absurde et le langage durassien mais on pouvait le voir dans des textes d’une déconstruction moins radicale comme une comédie de Gérald Aubert ou même parfois dans des divertissements faciles. Il pouvait être si drôle ! Discret, modeste, tolérant, il défendit des répertoires qui l’emmenèrent de l’absurde nihiliste et destructeur à la grande spiritualité.
Mais c’est par son implication dans les grands spectacles des années 60 au style neuf et brutal, Handke par Claude Régy (La Chevauchée sur le lac de Constance), Duras par Régy toujours (L’Amante anglaise), Beckett par Jean-Marie Serreau (Comédie), Albee par Laurent Terzieff (Zoo Story), par son goût pour des auteurs comme Dubillard, Perec, Sarraute, Bourgeade, les écrivains anglais de cette même génération, par sa collaboration avec le compositeur Georges Aperghis et par ses propres mises en scène attachées à Duras et à des textes d’inspiration spirituelle qu’il a affirmé son chemin le plus singulier et le plus historique.
C’était un homme très altruiste et très solitaire. Franco-anglais, il prenait pour lui-même le plus élégant de ses deux cultures ; son flegme apparent était une manière de faire vivre tout un fleuve souterrain de sentiments cachés, de hautes idées et de drôleries dévastatrices. Il s’en est allé mais il nous reste sur des films ineffaçables, tels Monsieur Klein ou India Song.

Photo DR.

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